Négociations commerciales 2026 : une crise à la française
Rouvriront, rouvriront pas ?… La question du devenir des négociations commerciales 2026 agite les filières agroalimentaires et questionne l’organisation réglementaire actuelle.
À l’issue des négociations commerciales 2026, l’Observatoire des relations commerciales annuelles nous apprend que la hausse moyenne des prix convenue entre fournisseurs et distributeurs n’est que de +0,05 % pour les 42 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur lesquels portaient les négociations. Les distributeurs ont réussi à contenir les demandes des industriels – qui demandaient +3,5 % en moyenne – après plusieurs années de hausse.

Détroit fermé, négociations rouvertes ?
Les tensions autour du détroit d’Ormuz affectent considérablement les filières agroalimentaires. Trois postes sont particulièrement concernés : énergie, logistique et emballages. Les mêmes qui étaient en jeu lors des précédentes crises inflationnistes. Face à l’augmentation de leurs charges, les fournisseurs de l’industrie renégocient ou relèvent unilatéralement leurs prix sans délai. Les marges des entreprises agroalimentaires, déjà faibles, sont ainsi rapidement grignotées. L’espoir d’un conflit États-Unis-Israël-Iran rapidement clôt avait incité les industriels à la patience.
Devant une situation qui se prolonge, le silence se rompt. Plusieurs entreprises réclament une réouverture des négociations, à l’image de Lactalis. Les coopératives laitières se disent également pressées de renégocier leurs prix. Ils anticipent une hausse de la matière première agricole qu’ils estiment de 5 à 10 %. Les éleveurs devraient les attendre au tournant – d’autant qu’Annie Genevard leur a enjoint, fin mars, de saisir le médiateur des relations agricoles et commerciales en cas de renégociation entre fournisseurs et distributeurs. De leur côté, ces derniers temporisent – aidés en cela par leur ministre de tutelle, Serge Papin. Déjà surveillés par le gouvernement sur le prix des carburants, ils ne veulent pas voir s’ouvrir un nouveau front de pression sur leurs marges économiques.
La France à part de ses voisins
Un tour d’Europe permet de se rendre compte de la situation singulièrement tendue en France. Un rapport de 2024 du CGAAER établissait qu’Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Espagne « ne connaissent pas des tensions aussi fortes, alors que leur réglementation est bien plus libérale ». La solution à ces tensions pourrait donc ne pas se trouver dans un renforcement accru de la législation. Le rapport ne parvient pas à isoler un facteur spécifique expliquant la situation. Mais il met en avant des explications au cas par cas :
- « en Belgique et aux Pays-Bas les industries agro-alimentaires présentent des comptes d’exploitation dépendant peu du marché intérieur. […] pouvant produire des marques de distributeurs (MDD) à coûts de production maîtrisés, elles sont des fournisseurs très attractifs pour les enseignes »
- En France, il y a « un attachement particulier à l’alimentation qui pousse à un assortiment dans les linéaires plus important que dans les autres pays, multipliant les négociations ». Par ailleurs, le rapport pointe le « manque de données quantitatives sur les pratiques commerciales, difficiles […]. Tant les pouvoirs publics que le Parlement français devraient disposer de données fiables, recueillies auprès des entreprises par un organisme indépendant, comme le font les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Espagne ».
- Enfin, l’Espagne « a créé une autorégulation du commerce agroalimentaire, accompagnée par les ministères en charge de l’agriculture et l’économie […]. Un code des bonnes pratiques commerciales élaboré par la filière, complète une réglementation minimaliste. L’adhésion au code est volontaire, publique et conditionne l’accès aux aides ». Un fonctionnement bien plus avancé de la charte signée en novembre par les fournisseurs et les distributeurs français qui les engageait sur l’honneur.
Si ces pratiques ne sont pas directement applicables en France, elles permettent de saisir les vulnérabilités du système actuel exacerbées par la crise que nous traversons. Pour tenter de l’améliorer, le ministre du Commerce – qui est contre un EGAlim 4 – plaide pour des négociations pluriannuelles. De son côté, la ministre de l’Agriculture préfère la voie de la transparence – avec des coûts de production « les plus fiables possibles » – et de la lutte contre les pratiques déloyales.