Conflit au Moyen-Orient : les enjeux pour l’agriculture bretonne

Commencée le 28 février 2026, la guerre israélo-américaine contre l’Iran bouscule l’agriculture bretonne en accroissant ses coûts de production. Ses effets sur les débouchés régionaux devraient cependant être limités, les pays du Proche et Moyen-Orient représentant des clients secondaires pour la Bretagne. Le production de volaille de chair est la plus exposée.

La guerre déclenchée par Israël et les États-Unis contre l’Iran produit déjà des effets néfastes sur l’agriculture et l’agroalimentaire breton avec une forte hausse du prix de l’énergie et des engrais. Dans cet article, nous allons voir le poids que représentent ces pays touchés par la guerre dans les échanges commerciaux avec notre région.

Amateurs de volailles et produits laitiers bretons

Les chiffres des Douanes pour 2025 montrent que la Bretagne est très excédentaire vis-à-vis de ces pays. Pour cette analyse, nous avons retenu la liste suivante : Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Irak, Koweït, Yémen, Israël, Liban, Jordanie, Qatar, Bahreïn, Syrie, Iran et Oman. Si tous ces états ne sont pas nécessairement directement impliqués dans le conflit, ils peuvent tous potentiellement en subir les conséquences sur leur commerce.

En 2025, la Bretagne a exporté vers cette région l’équivalent de 248 millions d’euros de produits agricoles et agroalimentaires. Ses importations s’élèvent à moins d’un millions d’euros. Ces pays sont donc de bons clients de nos produits même s’ils ne pèsent que 4,6 % du total de nos exportations annuelles (5,4 milliards d’euros en 2025).

L’Arabie Saoudite est notre premier client dans la région avec près de la moitié des achats réalisés.

Exportations bretonnes de produits agroalimentaires en 2025 vers les pays affectés par le conflit (millions d’euros)

Il ressort aussi que les viandes de volailles et les produits laitiers représentent près des deux tiers des exportations bretonnes vers ces pays (en valeur).

Exportations bretonnes par type de produits en 2025 (millions d’euros)

En 2025, notre région a expédié 57 000 tonnes de volailles de chair, essentiellement vers l’Arabie Saoudite. Il s’agit du poulet dit export, legs du système des restitutions à l’exportation supprimées en 2013. 22 700 tonnes de produits laitiers bretons ont aussi pris le chemin de ces pays du Proche et Moyen-Orient en 2025 soit environ 6 % des exportations régionales totales.

La guerre en cours ne signifie pas nécessairement que tout échange entre la Bretagne et ces pays s’arrêtera brutalement, mais elle présente un risque fort de perturbation des flux. Il ressort de ces chiffres que la Bretagne n’est exposée que de façon assez limitée. La filière poulet export, organisée autour de l’abattoir de Châteaulin dans le Finistère, est la plus à risque. L’agriculture bretonne sera en revanche bien plus pénalisée par le fait que ces pays sont des fournisseurs incontournables d’énergie fossiles et d’engrais.

Crise énergétique et risque sur les engrais

La hausse des prix de l’énergie et des engrais illustre l’importance de cette région du monde dans ces domaines. La France, bien que moins exposée que certains autres pays européens et surtout que de nombreux pays d’Asie, importe 13 % de son pétrole brut du Moyen-Orient et environ 5 % de son gaz. Et si elle importe ses engrais essentiellement ailleurs qu’au Moyen-Orient, Oman, le Qatar et l’Arabie Saoudite sont parmi les principaux exportateurs mondiaux. Alors que l’Union européenne a affiché son objectif de se passer progressivement des engrais russes (premier producteur mondial), les sources alternatives fiables se réduisent. Un choc sur le prix des intrants paraît inévitable. L’ampleur dépendra évidemment de la durée de ce conflit.