Travailleurs étrangers : recrutement et fidélisation, un enjeu pour l’agriculture et les IAA en Bretagne

La main d’œuvre étrangère est particulièrement présente dans l’industrie agroalimentaire en Bretagne. A la Cooperl, la main d’œuvre étrangère représente 13 % des effectifs. Des actions innovantes y ont été mises en place pour permettre l’intégration et la fidélisation de ces travailleurs. Quant au secteur agricole, il est aussi concerné par ce besoin vital de recrutement de personnels étrangers.

La main d’œuvre étrangère essentielle pour la Cooperl

Un précédent article présentait l’importance du recours à des personnes étrangères dans le secteur agroalimentaire en Bretagne. Sans elles, le niveau d’activité ne pourrait pas être maintenu. La Cooperl, dont le siège social est basé à Lamballe, est elle-même confrontée à cette problématique puisque la présence de personnes étrangères est essentielle pour l’activité du groupe coopératif. Sur les 7 500 salariés en CDI (dont 4 700 en Bretagne), 13 % sont des étrangers. Ce sont au total 950 salariés, représentant 67 nationalités.

Le recrutement de ces travailleurs est nécessaire sur tous les types de poste : beaucoup sur des postes peu qualifiés, mais aussi des postes qualifiés. Les postes de maintenance sont particulièrement concernés car le manque de candidats y est récurrent. Dans le domaine de la qualité, la main d’œuvre étrangère est également nécessaire, les formations menant à ces métiers n’étant aujourd’hui plus à la mode chez les jeunes.

L’enjeu de l’intégration et de la fidélisation

L’intégration et la fidélisation des personnels étrangers est donc un enjeu vital pour la coopérative. Une enquête auprès de ces salariés a permis d’identifier leurs difficultés et leurs besoins. Cela a conduit à la mise en place d’un Pôle diversité, organisé autour de quatre grands axes :

  • Favoriser la communication et comprendre les différences culturelles. L’objectif est de mieux se comprendre aux niveaux linguistique (60 % sont allophones) et culturel.
  • Accompagner le management multiculturel. Il s’agit de mettre en place des outils d’aide répondant aux problématiques de terrain des managers. Concrètement, la mise à disposition d’un outil de traduction vocale, utilisable dans un environnement bruyant, leur permet de communiquer de manière spontanée avec l’ensemble des salariés.
  • Structurer l’accompagnement familial et personnel. Les salariés sont aidés dans leurs démarches administratives ou pour se loger. Le pôle aide également à l’intégration professionnelle du conjoint, dans la coopérative ou en externe. L’accueil et l’intégration des enfants, par du soutien scolaire, linguistique et culturel, est également proposé.
  • Favoriser une culture de la diversité. Ainsi, par exemple, les salariés ont été invités à participer la réalisation d’une vidéo pour les vœux de bonne année illustrant la diversité des traditions des différents pays représentés.

Dans un contexte de chômage très bas, dans des territoires souvent ruraux et avec une concurrence entre secteurs d’activité exacerbée, la tension sur le marché du travail est très forte. Et ce phénomène va s’accentuer dans les années à venir par l’effet démographique des départs en retraite. Les candidats nationaux n’étant pas suffisants, les besoins en personnels étrangers sont donc essentiels pour certains secteurs d’activité comme les IAA.

L’agriculture également dépendante de la main d’œuvre étrangère

L’agriculture est également concernée par cette problématique. Les difficultés de recrutement y sont également très importantes et le recours à la main d’œuvre immigrée y est donc nécessaire, voire indispensable dans certaines productions.

L’Insee ne comptabilise que 2 320 salariés immigrés en agriculture-sylviculture-pêche en 2022 en Bretagne, soit 4,3 % des salariés du secteur. Cette part a progressé de 2,4 points par rapport à 2012. Mais tous les travailleurs étrangers saisonniers du secteur agricole ne sont pas comptabilisés dans ces chiffres issus du recensement de la population. Dans certaines activités comme les légumes, une partie de la main d’œuvre n’est présente en Bretagne que le temps des récoltes.

Ainsi, en remontant à 2017, selon la MSA, il y avait eu sur l’année plus de 17 000 contrats pour des travailleurs étrangers en production agricole en Bretagne (un salarié pouvant avoir eu plusieurs contrats). Sur ces 17 000 contrats, 69 % concernaient un poste en cultures spécialisées (légumes, horticulture, pépinière, arboriculture) et 55 % étaient des CDD de moins d’un mois.

La production légumière particulièrement concernée

Rien que dans le pays de Morlaix, zone légumière très importante de la région, le nombre de salariés occasionnels (saisonniers et autres contrats de courte durée) de nationalité étrangère s’élevait à 2 243 sur l’année 2024. Ces activités sont donc extrêmement dépendantes de ces personnes venues de Roumanie, de Bulgarie, de Pologne, du Maroc… Les agriculteurs s’organisent avec des groupements d’employeurs ou des associations pour recruter des travailleurs saisonniers et pallier la pénurie de main-d’œuvre… avec, en parallèle des démarches administratives à gérer, des problématiques autour du transport et du logement de ces personnes.

Au total, au-delà des IAA, c’est bien toute l’activité des filières agricoles et agroalimentaires qui serait grandement fragilisée sans la présence de la main d’œuvre étrangère.

Sources

Les informations sur la Cooperl sont issues d’un webinaire organisé par le GREF Bretagne le 5 mars 2026 et intitulé « Les industries agroalimentaires : moteur de l’emploi industriel breton ».

Des études de l’Insee sur l’emploi dans l’industrie agroalimentaire et sur les travailleurs immigrés en Bretagne sont disponibles en ligne :