La production et la consommation de pommes de terre sont-elles en phase ?
Il n’y a pas une pomme de terre mais des pommes de terre (plants, primeurs, conservation, fécule) avec pour chacune des dynamiques de production et de consommation différentes. Ces dynamiques sont-elles en phase ?
45 % des surfaces bretonnes en pommes de terre pour la production de plants
La Bretagne totalise 14 416 ha de pommes de terre en 2024, en hausse de plus de 40 % depuis 2010 et de 10 % sur un an. 47 % des surfaces en pommes de terre sont destinées aux pommes de terre de conservation et 45 % aux plants. Le reste est dédié aux pommes de terre nouvelle et fécule. Notons qu’entre 2023 et 2024, la part des surfaces destinées à la primeur et la conservation se sont légèrement renforcées, au détriment du plant. Ce léger regain n’efface cependant pas l’érosion des surfaces enregistrée pendant des années.

La Bretagne : 2e région de production de plants de pommes de terre
La Bretagne compte 6 570 ha de plants certifiés en 2024, soit 30 % des surfaces nationales. Avec +18 %/moyenne sur trois ans, la hausse des surfaces est très dynamique en comparaison aux Hauts de France (-11 %). La Bretagne compte deux principaux opérateurs : Bretagne Plants et Germicopa.

Des volumes très limités en pommes de terre fécule
C’est une production très minime en Bretagne, avec seulement 85 ha en 2024 (surfaces pourtant multipliées par quatre depuis 2018) pour une production de 3 200 tonnes. La Bretagne représente seulement 6,4 % de la production nationale, loin derrière les Hauts de France (91 % des volumes nationaux), compte tenu de l’absence d’outils de transformation en fécule dans la région.
Des difficultés pour la pomme de terre primeur
La pomme de terre primeur est un produit saisonnier, qui ne se stocke pas. Les différentes crises de ces vingt dernières années ont entraîné un recul des surfaces implantées. Après un maximum de 1 385 ha en 2011, les surfaces bretonnes ont chuté à un minimum de 905 ha en 2023. Par la suite, la demande dynamique a relancé la production pour atteindre 1 042 ha en 2024. Cependant les difficultés de la campagne 2025 (concurrence en début de saison sur les étals avec les stocks de pommes de terre de conservation et les produits d’importation) risquent de couper court à cette reprise.

Un net développement de la pomme de terre de conservation.
A l’inverse de la primeur, la pomme de terre de conservation progresse en Bretagne. Les surfaces sont passées de 3 425 ha en 2010 à un maximum de 6 721 ha en 2024. Sur un an (entre 2023 et 2024), elles progressent de 719 ha (soit +12 %). La production a doublé entre 2010 et 2024 pour atteindre 172 140 tonnes en 2024, avec +10 % sur un an (entre 2023 et 2024). La Bretagne est la 5e région avec seulement 4 % des volumes nationaux. Ces pommes de terre sont simplement conditionnées mais peuvent être aussi transformées.
Différentes entreprises, à l’instar de la coopérative Le Gouessant, Geffrault ou Parmentine, conditionnent les pommes de terre en sachets, filets ou cartons à destination des commerces, des IAA et aussi de la RHD. Pour répondre à ces différents marchés, ces entreprises se sont adaptées en proposant différents formats (de 750 g à 12,5 kg).

Toujours plus de chips bretonnes
Côté transformation, en Bretagne, c’est la production de chips qui domine avec principalement Altho et Katell (Article « Les chipsiers bretons ont la frite »). Compte tenu des bonnes perspectives d’évolution du marché, Altho poursuit son développement avec la construction d’une nouvelle usine en face du site historique. Elle permettra la production en 2028 de 18 000 tonnes de chips supplémentaires. De plus, le groupe met en place une filière huile afin de sécuriser son approvisionnement, avec la construction d’une raffinerie, Brethéol, à proximité de l’usine de chips.
Les consommateur français veulent plus de pommes de terre transformées

Source : GIPT
La consommation nationale de pomme de terre française stagne à environ 50 kilos par habitant mais la demande en produits transformés poursuit sa progression. Les achats de pommes de terre fraîches par les ménages français reculent (-1 % sur août 2024 à juillet 2025 et -9 % par rapport à la moyenne sur trois ans ). A l’inverse, le dynamisme des produits transformés se confirme, en particulier le marché des chips, avec +2,5 % à fin août 2025 par rapport à la même période 2024 et surtout les chips aromatisées (+8,8 %). Même si la balance commerciale française s’améliore, elle reste déficitaire pour les produits transformés à -184 000 tonnes et -473 M€. Ce déficit est surtout lié au déficit en produits surgelés (-61 000 tonnes) même s’il a été divisé par 2,8 en un an. En revanche, il se dégrade en chips (-53 900 tonnes).
Il reste donc semble-t-il de la place pour un développement de la transformation de la pomme de terre en Bretagne. Cependant la hausse de 10 % des surfaces nationales en 2025 a entraîné une chute des prix sur le marché libre, ainsi que sur des volumes contractualisés, à l’initiative d’industriels en grande partie belges. Quelle en sera l’incidence sur l’évolution des surfaces en 2026 ?