Les abattoirs de proximité bretons très sollicités

Une étude de la Chambre d’agriculture de Bretagne auprès des entreprises de transformation de viande permet de faire ressortir qu’environ 8 200 tonnes de viande sont commercialisées en circuits courts en Bretagne. Alors que les perspectives sont positives concernant les débouchés, l’enquête fait ressortir une fragilité du secteur. En cas de fermeture d’un outil, les autres opérateurs n’auraient que peu de marge de manœuvre pour accueillir les volumes supplémentaires.

L’agriculture bretonne est majoritairement orientée vers l’approvisionnement des circuits longs. Cependant, de nombreux agriculteurs commercialisent tout ou une partie de leur production en circuits courts comme le montre cet article.

Pour faire abattre et transformer leurs animaux, les éleveurs se tournent prioritairement vers les abattoirs de proximité, parfaitement adaptés à ces circuits de commercialisation. Une étude réalisée par la Chambre d’agriculture de Bretagne permet de mettre les projecteurs sur ce secteur qui a connu des soubresauts ces derniers temps.

Des petites structures agiles

Cette étude a consisté à enquêter l’ensemble des abattoirs multi-espèces présents en Bretagne, ainsi que la plupart des abattoirs de volaille agrées CE et réalisant des prestations pour d’autres éleveurs. Pour compléter ce travail, des entreprises spécialisées dans la transformation de viande ont été interrogées.

La Bretagne compte sept abattoirs multi-espèces et une dizaine d’abattoirs de volaille orientés vers les circuits courts. Tous ont accepté de participer à l’étude, à l’exception de quelques abattoirs de volaille. La carte ci-dessous montre que le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine ne compte plus qu’un seul abattoir multi-espèces.

Localisation des abattoirs enquêtés

Parmi l’échantillon des abattoirs enquêtés, les circuits courts représentent 77 % de leur activité totale. Selon les abattoirs, la part abattue commercialisée en circuits courts varie entre 50 % et 100 % pour les multi-espèces et entre 15 % et 100 % pour les abattoirs de volaille. Elle est en moyenne de 73 % pour ces derniers, très similaire donc aux autres abattoirs multi-espèces.

Ces abattoirs multi-espèces et de volaille fonctionnent exclusivement sur le mode de la prestation. Pour la part qui n’est pas commercialisée en circuits courts, les clients sont des grossistes, des boucheries traditionnelles et plus rarement des grandes surfaces.

8 200 tonnes destinés au circuits courts

D’après les chiffres fournis pas les entreprises enquêtées, leurs activités destinées au circuits courts représentent 8 200 tonnes de viandes.

Moins de 8 500 tonnes de viande abattues en Bretagne ont été commercialisées en circuit court en 2024 (par espèce)

D’après notre recensement, les circuits courts représenteraient donc au moins 27 % des ovins, 3,2 % des gros bovins, 2,2 % des veaux, 0,3 % des porcs et 0,13 % de la volaille produits en Bretagne. Par rapport à une estimation de la consommation totale des bretons, les circuits courts assureraient 5,8 % de la demande en viande bovine, 2,8 % en viande porcine, 6 % en ovins et 0,6 % de la consommation régionale de volaille.

Des outils sans marge de manoeuvre

Interrogés sur la dynamique du débouché circuits courts pour leur entreprise, hormis cas particuliers, la plupart des abattoirs multi-espèces constatent une évolution plutôt positive ces dix dernières années. Tous mettent en avant la période Covid qui a été synonyme de forte hausse de leur activité. Depuis, les volumes destinés aux circuits courts ont tendance à se stabiliser.

Alors que certains d’entre eux fonctionnaient en sous-régime il y a quelques années, la fermeture de l’abattoir de Quintin en 2024 a changé la donne.

Les volumes abattus par Quintin se sont reportés sur d’autres outils régionaux. Depuis, tous décrivent une situation où leurs abattoirs seraient dans l’incapacité de répondre des besoins supplémentaires. Soit parce que les outils sont saturés, soit parce que les équipes ne seraient pas assez nombreuses.

Cette enquête fait donc ressortir la fragilité de ce secteur de la viande de proximité en Bretagne. Si un autre abattoir multi-espèces devait fermer en Bretagne, la situation serait compliquée pour de nombreux éleveurs. Une perspective pourtant bien réelle.

Une demande qui évolue

Les entreprises enquêtées font par ailleurs le constat d’une demande de plus en plus portée vers la viande transformée, hachée ou sous forme de saucisses. C’est particulièrement le cas pour la viande bovine et la volaille. Malgré cette tendance bien ancrée, la plupart des abattoirs ne prévoient pas de développer d’atelier de transformation. Certains signalent que des éleveurs eux-mêmes investissent dans leurs propres ateliers de transformation.

Pour les abattoirs multi-espèces, un des principaux enjeux concerne l’avenir de l’élevage et la décision des agriculteurs de poursuivre ou non leur activité circuit court. C’est un point crucial pour les entreprises concernées même si elles sont relativement confiantes en l’avenir sur ce point. Un autre enjeu fréquemment cité est celui de la main d’œuvre. Le problème est à la fois de fidéliser les salariés et d’en recruter de nouveaux quand des salariés doivent partir à la retraite. La majorité des abattoirs enquêtés estiment malgré tout bien gérer cet enjeu.