Pérennité des ODG (3/3) – Prendre soin du fonctionnement de la structure
Une démarche autour d’un signe officiel, c’est une aventure humaine d’abord portée par ses fondateurs. Si le projet d’obtention du signe cimente le collectif à l’origine, le besoin de nouveaux projets se fait sentir quand la routine s’installe et que les instances doivent se renouveler. Confrontés aux évolutions de la société, les ODG doivent questionner leur gouvernance pour assurer leur pérennité.
Cet article fait partie d’une série de trois articles qui questionnent les conditions de pérennisation des ODG en Bretagne :
- Article 1 : Assurer une bonne gestion économique
- Article 2 : Le cahier des charges : entre protection de la démarche et frein aux évolutions
Les ODG doivent veiller à maintenir une dynamique collective vertueuse en leur sein. Il en va, en effet, de la pérennisation de la production qui repose sur une base d’opérateurs solide et capable de se renouveler. La tentation peut alors être forte pour certains opérateurs de se délester des contraintes d’un Signe d’Identification de la Qualité et de l’Origine (SIQO) quand la valorisation du produit n’est pas à la hauteur. La concurrence avec d’autres démarches de production se fait dans les rayonnages, mais également sur le vivier de producteurs cherchant à se différencier.
« Aujourd’hui, les opérateurs sont donc tentés d’aller vers une marque privée, plus que vers un signe officiel, car les débouchés sont identiques voire meilleurs et avec moins de contraintes. » (ODG en filière animale)
Besoin d’un nouveau souffle dans certains ODG
Le travail en vue de la reconnaissance du SIQO et l’organisation de l’ODG dans ses premières années sont des éléments de forte motivation pour les adhérents. Une fois atteint le rythme de croisière, le besoin de nouveaux projets se fait plus fort. Sylvain Reverchon avertit les ODG qui voudraient par exemple passer d’un IGP à une AOP. « On leur demande s’ils sont sûrs que les consommateurs seront d’accord pour payer plus cher ? Pour garder la motivation dans l’ODG, non, l’AOP n’est pas le bon outil. » Alors d’autres voies sont à explorer. « On peut réfléchir à une démarche de type Responsabilité sociétale des organisations [équivalent à la RSE], c’est très positif en termes d’animation de l’ODG. »
Au cours de la journée des ODG, une professionnelle a évoqué le lancement d’une démarche de réflexion stratégique pour mieux se positionner face à un environnement très fluctuant et redynamiser les adhérents de son ODG. Cette initiative fait écho à des pistes d’action proposées par le CGAAER :
« Dans beaucoup d’ODG, la définition et la formalisation d’une « feuille de route stratégique » ne constituent pas une démarche généralisée resituant leur démarche de qualité au centre des politiques environnementales et de développement local, en prenant en compte les intérêts de leur filière » et « la conservation des terres à la production agricole à un tarif (location ou vente) adapté » dans les zones où « les potentialités de développement de la production ont toutes été exploitées ».
CGAAER – Forces et faiblesses des organismes de défense et de gestion
Deux démarches de réflexion stratégique ont pu être relevées lors de la journée des ODG.
La fragilité de la gouvernance de l’ODG comme symptôme
Des ODG sont aujourd’hui confrontés à un faible renouvellement de leurs administrateurs.
« La nouvelle génération n’a pas envie de s’investir dans l’associatif. Passer du temps sans avoir de retour, c’est compliqué »
(ODG en filière animale)
Dans certains cas, on peut parler de leaders isolés qui ont porté depuis toujours la dynamique mais ne trouvent pas de relais au moment de leur départ en retraite. Il est aussi crucial d’entretenir le sentiment d’appartenance des producteurs à la démarche pour les fidéliser et éviter les départs soudains. Alors certains s’essayent à l’élaboration d’un parcours d’implication des adhérents, à la refonte de la gouvernance (ex. co-présidence) et à la constitution de commission de travail en marge du conseil d’administration (ex. promotion des produits) voire envisager l’indemnisation des administrateurs. Les ODG peuvent aussi solliciter de nouvelles forces à l’extérieur en intégrant d’autres maillons de la filière que les producteurs et les transformateurs.
« Il faudra imaginer autrement notre façon de travailler, peut-être avec un système de co-présidence. On peut aussi faire évoluer les statuts pour autoriser d’autres maillons de la filière à occuper des postes à responsabilit. Il y a une vraie volonté au niveau de l’aval. Et si on met quelqu’un de l’aval, ça force à s’entendre entre maillons de la filière » (ODG en filière animale)
Des partenaires techniques, culturels et patrimoniaux (à l’instar des confréries) peuvent aussi rejoindre la démarche.
« Les ODG ou les associations d’ODG qui réussissent à maintenir ou à développer leurs filières de qualité au profit de l’ensemble de leurs opérateurs sont majoritairement très engagés dans des relations locales solides. »
CGAAER – Forces et faiblesses des organismes de défense et de gestion
De même, l’échange et le soutien entre pairs permis par les réseaux d’ODG (dans une fédération territoriale, de filière ou de signe) est bénéfique.
Les conditions de pérennisation des ODG
Pour résumer, cette étude sur les conditions de pérennisation des ODG en Bretagne soulève plusieurs axes de travail :
- Sécuriser la production, en adaptant le cahier des charges, en sécurisant le foncier,…
- Définir une stratégie adaptée aux moyens, en ciblant des actions-clés et en déléguant
- Communiquer vers le grand public et les professionnels pour faire connaître et reconnaître le travail des ODG et de leurs filières (cf. le clip de promotion des produits sous SIQO en Bretagne, novembre 2025)
- Prendre soin du fonctionnement de la structure en entretenant l’attachement des opérateurs à la démarche pour leur donner envie de s’engager dans la gouvernance
- Faire réseau entre acteurs des SIQO
Assurer la pérennité des ODG
En 2023, on dénombre 32 Organismes de Défense et de Gestion[1] (ODG) en Bretagne (voir le Mémento des SIQO 2025). Leur création date de 2006 suite à une évolution législative pour prendre la place des syndicats de défense des appellations d’origine et des groupements qualité qui administraient jusqu’alors les démarches sous SIQO. L’adhésion des producteurs à ces ODG a alors été rendue obligatoire. Vingt ans après, on observe en Bretagne des ODG aux modes d’organisations et tailles très variés, présentes dans toutes les filières alimentaires bretonnes et qui doivent s’adapter à des dynamiques de marché parfois complexes.
Face à ces constats, la Chambre d’agriculture de Bretagne s’est interrogée sur les conditions de pérennisation de ces structures et de leurs dynamiques de filière. Ces éléments ont été présentés à l’occasion de la journée des ODG en Bretagne le vendredi 14 novembre 2025 à Pontivy. Les mentions sur fond gris rapportent les conclusions du CGAAER de 2023 sur les forces et faiblesses des ODG.
[1] ODG gérant au moins un produit sous signe de la qualité et de l’origine pour lequel au moins 10 % des opérateurs habilités (producteurs primaires et transformateurs) sont localisés en Bretagne