Toujours plus de tomates marocaines en France
Un article sur ce blog de novembre 2023 mettait en avant l’avancée marocaine dans l’approvisionnement de la France en tomates pour la consommation en frais. Depuis, l’intérêt des producteurs marocains de tomates pour le marché européen et principalement français se confirme. A plus long terme cependant, les enjeux climatiques pourraient rebattre la carte des pays producteurs de tomates.
La production européenne de tomates, plutôt en recul depuis 2017 et surtout depuis 2022, reprend légèrement des couleurs pour atteindre 6,5 millions de tonnes en 2024 (+5,7 %/2023). La relance entre 2023 et 2024 n’est pas liée à la hausse de la production en Espagne mais plutôt aux Pays-Bas (+6,4 %), en Pologne (+14 %) et en France (+10 %). L’Espagne maintient tout de même sa place de 1er producteur européen, avec ¼ des volumes. La France est en 5e position avec 8 %.
Production européenne de tomates fraîches

Source : Eurostat – COMEXT
Les importations européennes se stabilisent
Alors que les importations européennes de tomates ont pratiquement doublé entre 2014/2015 et 2022/2023, elles sont proches de la stabilité depuis deux ans. Le Maroc maintient sa place de 1er fournisseur de l’UE avec 70 % des volumes, et une croissance de 8,6 % sur un an. Il gagne 5 points. La Turquie (22 % des volumes), est en net recul sur un an (-17 %) et retrouve ses volumes de 2021/2022. La Tunisie, 3e fournisseur, progresse de plus de 40 % sur un an mais pour seulement 5 % des volumes. Les tomates turques sont destinées principalement à la Bulgarie et à la Roumanie, et celles en provenance de Tunisie aux Pays-Bas (48 %) et à la France (21 %).

Le Maroc reste le premier fournisseur de la France
La France s’approvisionne pour 71 % au Maroc et 14 % en Espagne. Après un léger reflux en 2023 (-6,6 %), les importations françaises sont reparties à la hausse en 2024 (+16 %). Sur les neuf premiers mois de 2025, elles diminuent de 8 %, avec un recul notable du Maroc (-8 %) et d’Espagne (-16 %). A l’inverse, les volumes en provenance des Pays-Bas et de Tunisie progressent sensiblement (respectivement +12 % et +23 %). Cependant le recul des importations du Maroc début 2025 cache la hausse des importations de 8 % de juillet à septembre 2025, en pleine saison de production française. Selon un rapport du CGAAER, un tiers des tomates importées du Maroc en France sont réexportées vers un autre pays européen (l’Allemagne et l’Espagne).

Le nouvel accord UE-Maroc maintiendra la pression
Depuis 2012, le Maroc bénéficie d’un contingent annuel de 285 000 tonnes de tomates exonérées de droits de douane (du 1er octobre au 31 mai), et des droits de douane réduits de 60 % en période estivale. Un prix d’entrée minimum est appliqué, cependant il n’a pas été réévalué depuis sa mise en place. Le nouvel accord entré en vigueur en octobre 2025 étend ces conditions préférentielles aux produits originaires du Sahara occidental. Ces produits devront être étiquetés du nom de leurs régions administratives de provenance.
Cette décision va renforcer la pression sur la production française et principalement sur les tomates cerises. Elles ont pourtant déjà été victimes, cet été dans les magasins, de la forte concurrence des tomates cerises et cocktail marocaines. En 2025, le prix de vente des tomates a été inférieur à celui de 2024.
De plus, la production agricole du Sahara occidental devrait continuer à se développer. Selon un rapport du CGAER, la production est passée de 66 000 tonnes en 2016 à 85 000 tonnes en 2024 (tomates, melons, petits fruits rouges). Elle est destinée essentiellement à l’exportation. Tout est mis en œuvre (installation d’une usine de dessalement d’eau de mer, parc éolien, réseau de canalisation d’irrigation…) pour poursuivre le développement. L’objectif est de produire plus de 415 000 tonnes de primeurs, essentiellement pour l‘exportation. Afin d’y consolider ses activités, l’entreprise franco-marocaine Azura, une des quatre entreprises implantées au Sahara occidental, est en train d’investir 18,6 millions d’euros.
Quel avenir pour la production de Tomates ?
La demande en tomates progresse et les perspectives sont plutôt bonnes, avec une surconsommation des tomates cerises par les 35 à 64 ans et les familles avec enfants et adolescents. Mais quels sont les pays ou régions qui pourront produire demain ?
Comme le climat se réchauffe par le sud, les pays les plus au sud qui cultivent les tomates en été ne le pourront plus. Ils la produiront au printemps ou à l’automne, puis plus du tout à l’horizon de la fin du siècle.
Serge Zaka – Agroclimatologue
Face aux sécheresses répétées et aux vagues de chaleur qui affectent le Maroc mais aussi les principaux producteurs européens (Espagne, Italie), la France pourrait à l’avenir tirer son épingle du jeu.