La production de viande bovine en Bretagne : un état des lieux

Depuis le printemps 2020, les Chambres d’Agriculture de Bretagne conduisent une vaste étude prospective pour imaginer ce que pourraient être, de manière réaliste, les agricultures bretonnes à l’horizon 2040. Pour cela elles ont commencé par réaliser un état des lieux de 13 filières présentes en Bretagne en interviewant pas moins de 90 acteurs de ces filières. Aujourd’hui, découvrons la filière viande bovine.

La filière viande bovine bretonne en 2021 – carte d’identité

  • 5 068 élevages détiennent des vaches allaitantes en 2021 en Bretagne dont 374 élevages bio.
  • La Bretagne produit 10 % des gros bovins français.
  • La production de gros bovins atteint 124 000 tonnes équivalent carcasse en 2021 dont 69 000 tonnes sont des vaches de réforme, 35 000 tonnes des mâles et 20 000 tonnes des génisses.
  • La Bretagne compte 31 sites d’abattages. Les plus gros acteurs sont Bigard, Kerméné (groupe Leclerc) et SVA (Groupe Intermarché). Les abattages représentent 251 milliers de tonnes équivalent carcasse en 2021 pour les gros bovins, la production bretonne ne représente donc que 48 % de ces abattages.
  • La viande bovine produite en Bretagne est très largement issue du troupeau laitier qui est bien plus développé que l’allaitant. En 2021, la région compte 730 000 vaches laitières et 100 000 vaches allaitantes.

« Nouvelle PAC : si la prime PMTVA reste couplée, on limitera la casse, sinon les éleveurs arrêteront. Si elle s’arrête, en Bretagne, il y aura végétalisation, cela sera dramatique. »

La PAC, avec ses primes couplées, est aussi un facteur d’inertie. Les éleveurs ont tendance à gérer des primes plutôt que des marchés. Le paradoxe est qu’une grande partie de la filière allaitante est entièrement dépendante de ces aides, mais qu’elles expliquent l’inadéquation entre ce qui est produit et l’évolution de la consommation, notamment vers plus de haché. La Bretagne serait sans doute quand même moins pénalisée que d’autres régions par une réduction de ses soutiens car la taille de son troupeau allaitant est en bonne adéquation avec ses débouchés réels.

« Les français continueront à manger du bœuf de qualité ; ils en consommeront moins mais de meilleure qualité »

La réussite de la montée en gamme est aussi importante pour le secteur : les Français devraient continuer à manger du bœuf, même si probablement en moindre quantité. Dans le secteur, la qualité est mise en avant par le Label rouge. Si une partie de la production pourra tenter cette recherche de plus-value, il est quand même aussi très probable que la consommation de haché continuera d’augmenter et que l’inadéquation offre (beaucoup d’animaux allaitant) – demande (haché principalement issu du troupeau laitier) s’amplifiera.

Pour atténuer ce phénomène, les acteurs mise sur le haché Label rouge. De son succès dépend la survie d’une partie du troupeau allaitant français, et notamment les races à viande moins en phase avec les labels tels que les charolaises. En Bretagne, les races Limousines et Blonde sont en effet déjà bien intégrées aux labels et répondent bien aux demandes de viande de qualité.

« L’avenir de l’engraissement des jeunes bovins passera par la mise en place d’une contractualisation entre l’abatteur et l’éleveur.  »

Les débouchés sont : les arrières vers l’Italie, les avants vers la Grèce.

Tableau récapitulatif

ATOUTS
· Outils industriels en nombre et de qualité
· Diversité des types de viande produit avec beaucoup d’animaux issus du troupeau laitier, en phase avec l’augmentation de la part de haché
· Un troupeau allaitant non surdimensionné, adapté pour fournir le « haut de gamme » recherché par les boucheries bretonnes.
Un contexte pédo-climatique plus favorable que d’autres régions.
FAIBLESSES

· Petites filières par rapport aux autres.
· Le foncier disponible est limité, il est difficile d’agrandir les élevages.
L’image de la viande bovine bretonne est bonne mais moins bucolique que dans les régions montagneuses.
OPPORTUNITES
· Anticiper et adapter la production selon l’évolution de la demande avec une orientation des veaux issus du troupeau laitier.
· Le maintien du troupeau allaitant. Qui bénéficie d’une image de qualité.
Renationalisation et circuits courts pourraient offrir des débouchés a la viande bovine produite en Bretagne
MENACES
· Une PAC qui soutienne moins la production
· Des problèmes sanitaires
· Le prix des céréales élevé qui pousserait à convertir des hectares de prairies.
· Le manque de main d’œuvre.

Cette analyse s’est appuyée sur 7 entretiens, réalisés en mai et juin 2020, auprès d’éleveurs, d’élus,  d’experts de la production et de représentants interprofessionnels. Certains des messages marquant ont été repris tels quels dans cet article, ils apparaissent « entre guillemets ».

Rédigé par Arnaud Haye

Chargé de mission Economie - Emploi, référent sur les filières viande bovine, porc et volailles de chair

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