Peste porcine africaine en Espagne : quelles conséquences possibles sur les marchés ?

Jusqu’ici préservée, l’Espagne vient de détecter des cas de fièvre porcine africaine dans la faune sauvage. Ce pays étant très tourné vers lexportation, les risques pour le marché européen sont élevés dans le cas où l’épidémie prendrait de l’ampleur. Des exemples passés de pertes de débouchés à l’exportation permettent de se représenter les conséquences potentielles.

Pologne : 2014, Belgique : 2018, Allemagne : 2020, Italie : 2022 et donc désormais Espagne : novembre 2025. L’épizootie de fièvre porcine africaine progresse continuellement en Europe depuis plus de dix ans. Elle vient donc de toucher le premier producteur européen de viande porcine. A date, plusieurs sangliers ont été identifiés comme porteur du virus mais aucun élevage n’est touché. L’Espagne a immédiatement mis en place un périmètre de sécurité autour des cas détectés, tous recensés dans une commune à proximité de Barcelone.

Quelles peuvent être les conséquences pour le marché du porc européen ?

Une filière très orientée vers l’export

Avec 53,5 millions de porcs abattus en 2024, l’Espagne est le premier producteur de porc au sein de l’UE (24 % des abattages européens). Ce pays a connu une très forte croissance, augmentant ses volumes de plus d’un tiers ces dix dernières années. Déjà largement autosuffisante en 2013, l’Espagne a orienté toute cette production supplémentaire vers les exportations. En particulier, en direction des pays hors Union européenne. Sur les 5 millions de tonnes produites en 2024, 54 % (2,7 millions de tec) sont exportées.

Parmi ces exportations, la moitié sont destinées au marché européen. L’autre moitié est destinée aux pays tiers, hors de l’UE (1,3 million de tec).

Les débouchés vers les pays tiers les plus à risques

Dans le cas d’une crise sanitaire, telle que celle subie actuellement par l’Espagne, ce sont les débouchés vers les pays tiers qui sont les plus à risque. En effet, pour éviter tout risque de propagation du virus, les pays tiers peuvent décider d’arrêter toute importation en provenance du pays touché. D’autres, ayant signé des accord de régionalisation, acceptent de continuer leurs importations mais uniquement en provenance des zones indemnes.

Parmi les pays ayant fermé leurs frontières aux produits espagnols, on retrouve entre autres le Japon, le Mexique et les Philippines. A l’inverse, la Chine, premier client de l’Espagne, ainsi que la Corée du Sud et le Royaume-Uni, acceptent les importations en provenance des régions non touchées.

Le ministre de l’agriculture espagnol a déclaré qu’environ un tiers des certificats d’exportation vers les pays tiers ont été suspendus. Cela représente environ 430 000 tonnes en base annuelle. Ces débouchés sont donc pour l’instant compromis. Le résultat a été une baisse de 20 centimes €/kg sur le marché du porc espagnol. La gravité de la crise de marché dépendra de l’évolution de l’épidémie. Si cette dernière est rapidement maîtrisée, les prix devraient progressivement retrouver leurs niveaux antérieurs. Si jamais elle devait prendre de l’ampleur, l’intégralité des 1,3 million de tec exportées par l’Espagne vers les pays tiers sont potentiellement à risque. Les conséquences sur les prix sont difficilement anticipables. Mais les exemples de crise dans le passé permettent de donner des repères.

Les précédents historiques

En cas de pertes de débouchés vers les pays tiers, les conséquences sont bien connues. Le pays concerné est obligé de stocker et/ou d’écouler sa production vers les marchés restant ouverts. Inévitablement, une partie de ces volumes se reportent sur le marché commun de l’Union européenne, celui-ci restant par définition ouvert. La fermeture de débouchés pour l’Espagne aura donc des répercutions pour l’ensemble des pays de l’UE.

Il est impossible d’anticiper la baisse de prix car celle-ci dépend de facteurs imprévisibles : ouverture de destinations alternatives ou non, évolution de la consommation en cas des baisses des prix et niveau du prix de vente nécessaire pour ajuster la production au nouvel état de la demande.

Le cas de la fièvre porcine en Allemagne

En 2020, quand des cas de fièvre porcine se sont déclarés pour la première fois en Allemagne, ce pays exportait un peu plus de 1 million de tonnes vers les pays tiers. En 2021, ce chiffre est tombé à 550 000 tonnes. Le résultat fut une baisse de 20 centime €/kg carcasse pour la cotation française. Depuis ces cas de FPA, l’Allemagne n’a jamais retrouvé ses niveaux d’exportations d’avant 2020.

L’embargo alimentaire de la Russie

Un autre exemple de pertes subites de débouchés est lorsque la Russie a décrété un embargo alimentaire sur les produits en provenance de l’Union européenne en août 2014. La Russie était alors le premier client de l’Union européenne avec environ 750 000 tec de viande exportées par an. La perte totale de ce marché a généré une crise de marché majeure. Le prix du porc français était passé de plus de 1,40 €/kg de carcasse à moins de 1,10 €/kg quelques mois plus tard.

Ces exemples montrent combien ces crises géopolitiques ou sanitaires peuvent perturber les marchés. Ils illustrent aussi le caractère plus risqué des exportations hors de l’Union européenne. L’Espagne est devenue le leader de la production européenne en visant justement ces clients. Ce faisant, elle s’expose à ce genre de situations qui, par effet domino, a des répercussions pour l’ensemble de ses voisins européens.