La fin de l’Eldorado chinois

Les taxations chinoises sur certains produits agricoles européens pénalisent les exportations bretonnes. Ces mesures ne font cependant qu’accélérer un phénomène que l’on constate depuis quelques années : la Chine n’est plus un débouché incontournable pour notre région. Le géant asiatique rentre dans un hiver démographique qui pourrait limiter son appétit en produits agricoles.

Cinq mois après les premières taxations chinoises sur les importations de produits agricoles européens, les chiffres des douanes permettent d’en mesurer les premiers effets. Le 10 septembre 2025, la Chine décide d’appliquer des taxes provisoires sur la viande porcine allant de 15 à 62 % avant de ramener ce taux à 9,8 % pour le porc français depuis le 17 décembre dernier. Résultat : les exportations bretonnes de viandes de boucherie vers l’Empire du Milieu ont plongé de 35 % en volume au 3e trimestre 2025 par rapport au 3e trimestre 2024. La chute est plus contenue au 4e trimestre à -19 % par rapport au 4e trimestre 2024. Les produits laitiers bretons pourraient connaître le même sort puisque certains d’entre eux subissent une taxation depuis décembre dernier. Ces derniers évènements pourraient amplifier une tendance à l’œuvre depuis quelques mois : la marginalisation progressive de la Chine dans les exportations bretonnes.

La fin d’un mirage

La Chine était devenue le premier client de la Bretagne en 2020. Elle représentait alors 12 % de l’ensemble des exportations bretonnes. Dès 2022, ce pays quitte cependant la tête de ce classement à mesure que ses achats de produits bretons reculent.

En 2025, la Chine est ainsi tombée au 7e rang du classement des destinations des exportations bretonnes. Ce pays représente 4,7 % des exportations bretonnes avec 251 millions d’euros de chiffres d’affaires. En 2021, le géant asiatique importait plus du double (530 millions d’euros). Les produits bretons les plus exportés vers la Chine sont les viandes de boucherie et les produits laitiers. Pour les viandes de boucherie, l’essentiel des envois concerne la viande porcine. Les aliments homogénéisés et diététiques, constitués pour l’essentiel de poudres de lait infantile, arrivent en troisième position.

Les chiffres en volume montrent que les envois bretons de viandes de boucherie ont beaucoup augmenté en 2020 et 2021. Cela correspondait à la période où le cheptel porcin chinois avait été décimé par la Fièvre Porcine Africaine. Ces exportations ont brutalement chuté dès la fin 2021. Elles sont relativement stables depuis. Concernant les produits laitiers, la baisse est plus progressive depuis 2021. Quant aux aliments homogénéisés (poudres de lait infantile principalement), les envois sont très variables d’un semestre à l’autre. Ils sont assez faibles en 2025. Au-delà des questions des taxes douanières, la probabilité que la Chine redevienne le premier client de la Bretagne est faible.

Un géant rassasié

Il est certes encore possible que le géant asiatique connaisse des crises, telles que des crises sanitaires, qui l’obligeraient à recourir massivement aux importations. Mais des éléments de fond pointent vers un ralentissement de son appétit en matières premières agricoles. Ses importations en produits agricoles et agroalimentaires ont déjà reculé de 7 % en 2024 et continuent de baisser en 2025.

Sa consommation est actuellement morose. Son potentiel de croissance semble derrière elle. D’après l’OCDE, les Chinois consomment en moyenne 46,9 kg/hab/an de viande en 2023, un chiffre qui se rapproche des 56,6 kg/hab/an consommés en moyenne dans les pays de l’OCDE.

De plus, le pays connaît depuis 2021 un déclin de sa population qui va s’accélérer ces prochaines années.

Avec un taux de fécondité de 1,15 enfant par femme, le nombre de naissances s’effondre et le vieillissement de la population s’accélère. Elle est loin l’époque où des usines de poudre de lait infantile se montaient en Bretagne pour cibler principalement le marché chinois !