L’emploi agricole breton en 2035
En Bretagne, l’emploi agricole est en pleine mutation. Le nombre de chefs d’exploitation recule et le salariat progresse. Une étude de la Chambre d’agriculture de Bretagne projette la structure de l’emploi agricole breton en 2035, en analysant différents scénarios d’évolution de l’agriculture.
Une diminution de l’emploi dans tous les scénarios
Les trois scénarios anticipent une diminution globale de l’emploi agricole, avec des pertes plus ou moins importantes selon les filières. Le premier scénario est construit dans la continuité des tendances actuelles. Les deux scénarios alternatifs (vers la neutralité carbone et végétalisation) se montrent moins favorables à l’emploi. L’investissement est en effet important, permettant une arrivée plus massive de l’automatisation dans les exploitations. Dans ces deux scénarios, les activités économiques se diversifieraient davantage (production d’énergie, vente directe…) et les attentes plus poussées de la société orientent plus fortement l’évolution des systèmes de production (bio, production bas carbone, produits végétaux…). Mais dans ces trois scénarios, la part de l’emploi salarié atteindrait 50 % dès 2035.
Scénario tendanciel
Dans ce scénario, l’agriculture doit s’adapter à différentes contraintes. Les filières alimentaires européennes perdent en compétitivité car un renforcement des règles environnementales en Europe accentue les différences de normes entre l’Union européenne et les autres bassins de production. Ainsi, le secteur n’arrive pas à attirer suffisamment pour compenser les nombreux départs en retraite. Le manque de capitaux dans les exploitations et les problèmes d’acceptabilité sociale pour la construction de nouveaux bâtiments agricoles limitent l’agrandissement des exploitations et le développement de l’activité agricole.
6 000 ETP en moins entre 2023 et 2035
Les contraintes de travail et de rentabilité des exploitations entraînent une baisse de l’élevage. Au total, l’emploi agricole baisse de 12 % entre 2023 et 2035, soit une perte de 6 000 ETP (équivalents temps plein). Plus en détail, la baisse du nombre de chefs d’exploitation se poursuit (-25 %). Le développement du salariat (+13 %) ne compense pas cette diminution
C’est le secteur laitier qui perd le plus d’emplois (-22 %) à cause des très nombreux départs en retraite d’éleveurs non remplacés.
L’emploi ne progresse pas en cultures spécialisées (légumes, horticulture, pépinière, fruits…), malgré des marchés porteurs. Le secteur connaît des difficultés par rapport à la disponibilité en eau, aux besoins en énergie dans les serres chauffées et aux difficultés pour recruter de la main d’œuvre saisonnière.
Les surfaces en grandes cultures augmentent en récupérant des prairies temporaires libérées par l’érosion de l’élevage. Des salariés sont recrutés dans les exploitations et surtout dans les ETA et les Cuma. Même les exploitations qui se sont agrandies préfèrent déléguer les travaux de culture compte tenu du coût croissant des matériels.

Scénario « Vers la neutralité carbone »
Dans ce scénario, les politiques publiques imposent à l’agriculture une réduction des émissions et le développement du captage du carbone. L’agriculture s’oriente alors vers une production intensive bas carbone. Cela lui permet de rester compétitive sur les marchés à l’export tout en restant accessible à des consommateurs attentifs au prix des produits qu’ils achètent.
Même si la Bretagne reste une terre d’élevage, les volumes de production animale diminuent sensiblement (plus que dans le scénario tendanciel). Cette réduction est un levier important pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. En parallèle, la filière sylvicole connaît un développement économique marqué pour optimiser la captation du carbone.
Limiter le transport des produits agricoles
L’emploi dans le scénario « neutralité carbone » diminue à peine plus (-15 %) que dans le scénario tendanciel (-12 %). L’orientation vers la production bas carbone crée des contraintes sur le transport. Ainsi, une partie de la production se délocalise vers les bassins de consommation, hors de la région.
La baisse de la production laitière est plus importante que dans le scénario tendanciel (-25 % contre -10 %). Cependant, les pertes d’emploi dans ce secteur sont limitées grâce à la diversification, à l’amélioration de l’autonomie alimentaire des cheptels et au développement du bio.
L’orientation bas carbone n’est pas favorable à l’emploi en productions légumières. La consommation d’énergie dans les serres chauffées est un frein majeur. Le ralentissement des échanges internationaux entraîne la perte du marché export pour les chou-fleur et les légumes en rotation avec le chou-fleur.

Scénario d’une agriculture plus végétale
Ce scénario s’oriente vers une végétalisation de l’agriculture en Bretagne. La consommation de viande diminue au profit des aliments végétaux. Les citoyens recherchent un apaisement de leurs rythmes de vie. Les agriculteurs, eux aussi, n’acceptent plus les contraintes liées à l’élevage, ce qui conduit à un fort recul des productions animales en Bretagne. Les terres libérées par l’élevage sont en partie reprises par des productions végétales pour l’alimentation humaine, l’énergie, les biomatériaux…
L’emploi en lait très fortement touché
Ce scénario est le plus destructeur d’emplois agricoles (-27 %). Les baisses de production en élevage induisent des pertes d’actifs plus importantes que dans le scénario tendanciel, notamment en lait (-41 % contre -22 %).
Même en cultures spécialisées, où la production est en hausse, l’emploi recule fortement. Une très forte mécanisation s’opère grâce à l’apport de capitaux extérieurs. Par ailleurs, la production se réoriente vers des productions mécanisables. De très nombreux emplois, notamment saisonniers, disparaissent ainsi dans le secteur légumier.
A contrario, l’augmentation du nombre d’actifs est importante en grandes cultures grâce aux surfaces libérées par l’élevage. Les travaux de cultures sont soit délégués aux ETA et aux Cuma, soit intégrés notamment dans des exploitations qui peuvent devenir ETA pour leurs voisins.
| Point méthodologique : Ce travail a été réalisé par le service économie – emploi de la Chambre d’agriculture de Bretagne. Les données sur l’emploi ont été fournies par la Draaf Bretagne (Agreste – Estimations d’emploi agricole). Cinq groupes de travail se sont réunis entre octobre 2024 et janvier 2025 pour analyser plusieurs scénarios prospectifs et poser les hypothèses d’évolution de l’emploi. |
Pour en savoir plus :
Des résultats plus détaillés sur chaque scénario seront présentés dans trois articles à suivre. La synthèse de ce travail sera bientôt disponible.