FCO : vers un recul de la production laitière bretonne en 2026
Malgré la présence de la FCO en Bretagne depuis cet été, la collecte laitière connait une de ses meilleures années. Des prix attractifs depuis plusieurs années incitent les éleveurs à chercher le volume. Toutefois, les effets de la FCO sur la collecte devraient être visibles à partir de 2026. En parallèle, les producteurs devraient subir une baisse des prix, ce qui pourrait fragiliser les élevages les moins résilients.
L’année 2025 a été marquée par un rebond notable depuis le printemps, à travers tout le pays et particulièrement en Bretagne (voir figure ci-dessous). De janvier à octobre 2025, la collecte laitière bretonne est en augmentation de 3,5 % par rapport à 2024. La hausse est particulièrement importante sur le deuxième semestre. Une croissance annuelle supérieure à 5,5 % est enregistrée sur les mois d’août à octobre 2025. Cette hausse devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année. Ainsi, la collecte bretonne devrait avoisiner les 5,4 milliards de litres en 2025, ce qui en fera la meilleure année en termes de collecte depuis 2020.

Vers la recherche du volume
Plusieurs raisons peuvent expliquer ce rebond de la collecte. Une cause est conjoncturelle : la bonne qualité des fourrages cette année. Il existe aussi des causes structurelles. Le prix du lait payé aux producteurs a considérablement augmenté depuis 2021. Il est passé en moyenne de 369 €/1 000 litres en 2021 à 468 €/1 000 litres en 2024. Cela s’est traduit par une hausse conséquente de la marge laitière des éleveurs. L’indice de la marge laitière MILC est passé de 100 en moyenne à 2020 à plus de 200 depuis l’été 2025.

En conséquence, la recherche de volume prend plus de poids dans les décisions des éleveurs. En effet, les résultats économiques des exploitations laitières suivies par la Chambre d’agriculture de Bretagne ont montré que le poids de la stratégie volume dans le revenu disponible est passé de 20 % en 2022 à 33 % en 2023/24. Plusieurs leviers sont alors possibles pour accroitre le volume : l’alimentation, mais aussi des investissements plus structurels tels que le passage à des robots de traite. L’atteinte de bons résultats économiques depuis trois ans a permis ces investissements.
Les effets de la FCO à retardement
Cependant, ce rebond pourrait être de courte durée. En raison : la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO), présente sous forme de deux sérotypes dans tout le Grand Ouest depuis le début de l’été 2025.

La FCO a déjà frappé l’est et le nord de la France fin 2024. La collecte a alors reculé de près de 10 % dans les régions concernées durant plusieurs mois. Pour autant, six mois après son arrivée en Bretagne, et alors que plus de 2 500 foyers ont été touchés dans la région, l’épizootie ne semble pas encore avoir eu un impact significatif sur la collecte.
Cependant, les effets devraient se faire ressentir au 1er semestre 2026. Depuis la fin de l’été, le nombre de naissances dans les élevages laitiers recule ostensiblement. La FCO, si elle n’est pas mortelle à proprement parler pour les bovins, peut en effet provoquer des avortements et impacter la fertilité des vaches laitières, décalant les inséminations artificielles fécondantes et les futurs vêlages. Ainsi, sur le seul mois d’octobre 2025, le nombre de naissances a reculé de 8,6 % par rapport à octobre 2024. C’est la région du Grand Ouest la plus touchée. Le recul du nombre de naissances sur 12 mois glissants est pour l’instant plus mesuré (-2 % fin octobre 2025). Mais il s’aggravera au fil des mois tant que la FCO restera présente dans la région. Ce qui laisse présager un impact sur la collecte laitière similaire à ce qui a été observé dans les régions de l’est et du nord de la France un an auparavant.

Un double effet prix et volume
Parallèlement à ce recul de collecte, qui pourrait atteindre près de 10 %, les éleveurs bretons pourraient subir aussi une baisse des prix. Le cours du beurre européen a en effet fortement chuté tout au long de l’année 2025. La raison : une offre mondiale exceptionnelle, notamment en provenance des États-Unis. Il est passé de plus de 7 000 €/tonne fin août à 5 000 €/tonne fin novembre, soit une baisse de près de 30 % en trois mois. L’impact commence à se faire ressentir sur le prix payé aux producteurs bretons, diminuant entre 20 et 30 €/1 000 litres en fonction des laiteries au cours du dernier trimestre, selon l’Observatoire du prix du lait de l’Éleveur Laitier. Cela correspond à un recul de de 4 à 6 % du prix du lait pour les producteurs. Les négociations commerciales du début d’année pourraient par ailleurs se solder par de nouvelles baisses.
Ainsi, les élevages bretons vont subir un double effet volume et prix au cours du 1er semestre 2026. Les banques et centres de gestion craignent que cela fragilise les exploitations les moins résilientes, notamment celles qui ont réalisé des investissements importants suite à ces trois dernières bonnes années.