L’intelligence artificielle à l’assaut du monde du travail
La rapidité du déploiement des outils et des usages se défie de tout cadre et interpelle. Qu’entend-on réellement par IA ? Au cours de la journée agri-agro organisée par la Chambre d’agriculture de Bretagne, des experts ont partagé leurs connaissances et présenté divers cas d’utilisation. Dans ce deuxième article, nous découvrirons des applications concrètes de l’IA au service d’une coopérative légumière et les écueils possibles auxquels doivent se préparer les entreprises.
Il y a deux ans tout pile, le grand public découvrait la version gratuite de Chat GPT. Gemini, DeepSeek, Mistral… depuis, la liste des IA dites « génératives » s’est allongée. Celles-ci n’ont eu de cesse de battre records et prévisions. Pour preuve, en 2024, une étude de Statista prédisait que ces IA attireraient 700 millions d’utilisateurs à l’horizon 2030. Or aujourd’hui, plus d’1,5 milliard de personnes les ont déjà testées !
En 2025, qu’elle soit fièrement affichée ou utilisée incognito, le résultat est là : l’IA fait partie de notre quotidien professionnel. En réaction, les entreprises se dotent peu à peu de chartes et autres règles d’usage pour encadrer l’utilisation des IA génératives, celles avec qui nous interagissons par le langage. D’autres entreprises vont plus loin et investissent dans des outils experts basés sur l’IA. Différents types d’IA existent. « Chacune a sa fonction et ses enjeux, y compris de sécurité » explique François Gooris, dirigeant de Kap IA. Cette entreprise finistérienne est spécialisée dans la valorisation des données et accompagne des entreprises dans le déploiement de solutions basées sur l’IA.
La donnée, préalable indispensable
Les entreprises bretonnes intègrent peu à peu des solutions basées sur l’IA dans l’optique d’améliorer leur performance économique. Ces solutions d’IA « décisionnelle » valorisent les données produites au sein des entreprises, le plus souvent issues de leur ERP (leur logiciel interne de gestion). A l’instar de la Sica de Saint-Pol, elles s’appuient aussi sur des bases de données diverses (météo, agronomiques…) pour prévoir la production à récolter deux ou trois semaines plus tard. Ainsi, les prévisions précises élaborées grâce aux modèles de Kap IA ont permis à la Sica d’améliorer ses ventes, mais aussi la gestion de son personnel ou encore de ses stocks.
Ces solutions d’IA décisionnelles se démocratisent depuis cinq à dix ans seulement. Toutefois, elles étaient déjà présentes de longue date dans les grands groupes (Amazon, Tesla, ou encore Décathlon en France). Les entreprises peuvent donc s’appuyer sur des modèles déjà robustes et des expériences déjà solides. Cependant, comme le rappelle François Gooris « l’IA ne s’utilise pas du jour au lendemain ». L’ingénieur invite à faire fonctionner les modèles complexes « six mois avec un regard critique, avant de passer en production et en utilisation quotidienne ». Le fonctionnement une fois stabilisé, des actualisations régulières restent impératives. Un changement de variété de tomates par exemple devra être intégré puisque « il faut s’ancrer sur de la donnée réelle vue par l’entreprise » pour que les modèles restent fiables et performants.
On n’anticipe pas toujours les difficultés là où elles seront.
Accompagner le déploiement
Les coûts de déploiement de l’IA ne sont pas négligeables. Comment éviter que les petites entreprises restent sur le bord du chemin faute de capacité d’investissement ? Comme l’image François Gooris « il ne sert à rien de traire des bisons ». La réussite d’un déploiement passe aussi par le ciblage des besoins réels de l’entreprise. Face à une question précise, le retour sur investissement peut être atteint en trois mois.
Mais le développement de ces nouvelles solutions rencontre parfois des écueils. François Gooris évoque ainsi une expérience où, malgré le déploiement d’un outil moderne de gestion des stocks dans une entreprise, celle-ci n’avait pas constaté d’amélioration. La cause ? L’outil n’était pas utilisé, la consigne n’ayant pas été clairement passée aux équipes. L’humain reste incontournable. « Les managers doivent accompagner » leurs équipes dans ce grand changement !
L’Intelligence Artificielle (IA) dans le monde du travail, c’était le sujet de débat des représentants du personnel des filières agricoles et agroalimentaires réunis tout début novembre lors de la journée des salariés agri-agro.
Retrouvez ici un précédent article sur cette journée : L’IA va-t-elle remplacer les salariés ?