LDC rachète France Poultry : vers la fin du poulet grand export
LDC a annoncé en mars 2026 le rachat de France Poultry, entreprise finistérienne héritière du groupe Doux, dédiée au grand export de poulet et filiale d’un groupe saoudien. Le leader français de la volaille compte réorienter son activité vers un marché intérieur en forte dynamique. Après des années de fragilisation, on irait donc vers la fin du poulet breton exporté au Moyen-Orient…
Le déclin progressif du poulet grand export
Pendant des décennies, l’activité des volaillers bretons Doux et Tilly Sabco était basée sur la production de poulets entiers congelés de calibre medium, à destination du Moyen-Orient, et de l’Arabie Saoudite en grande majorité. Le modèle économique reposait sur les restitutions aux exportations, aides européennes compensant l’écart avec les prix mondiaux. Lorsqu’en 2013 l’UE met fin à ces restitutions (auxquelles on reprochait de fausser la concurrence), c’est le début d’un lent déclin. Jusqu’à la liquidation judiciaire de Tilly Sabco et du groupe Doux en 2018.

Des cendres du groupe Doux naît France Poultry, entreprise intégralement détenue par le groupe saoudien Almunajem, toujours dédiée à l’export vers le Moyen-Orient. YerBreizh reprend l’activité amont de Doux (nutrition, naissance, accouvage, élevages). Le capital de cette nouvelle société est aujourd’hui partagé entre Almunajem, LDC, Eureden et la Région Bretagne.
Mais ces restructurations ne changent pas la donne. Non seulement la volaille française n’est pas compétitive face à l’offre brésilienne ou ukrainienne, mais aussi l’Arabie Saoudite a considérablement augmenté sa propre production de poulet (cf. graphique ci-après). Alors que le grand export représentait à son apogée le débouché de près du tiers de la production bretonne, il pèse aujourd’hui moins de 20 % (12 % pour l’Arabie Saoudite). France Poultry qui abattait plus de 300 000 volailles par jour il y a quelques années, n’en abat en 2025 que 210 000 par jour.

Une réorientation progressive vers le marché intérieur
Le 26 février 2026, LDC annonce la validation d’un protocole d’accord avec Almunajem pour le rachat de France Poultry (prenant effet le 31 décembre 2026), ainsi que de ses parts dans YerBreizh (dès ce 11 mars). LDC devient ainsi actionnaire ultra-majoritaire de YerBreizh, avec 75 % des parts. Une nouvelle accueillie positivement par les 314 salariés de France Poultry et 95 salariés de YerBreizh.
Le groupe sarthois annonce :
A partir de 2027, l’activité grand export sera progressivement réorientée vers d’autres marchés, complétée puis arrêtée au profit d’un projet de diversification vers d’autres marchés
Le volailler souhaite faire évoluer la production vers de la découpe de poulet à destination du marché français, dont la forte dynamique profite jusqu’ici aux importations. 52 % du poulet consommé est importé en 2025.
Dans ce but, LDC annonce la réalisation d’un projet dans les cartons depuis 2018 : la construction d’un nouvel abattoir à côté de l’actuel à Chateaulin, destiné au marché français. Ce nouvel abattoir d’une capacité d’un million de poulets par semaine devrait sortir de terre pour le premier semestre 2028. Le devenir de l’abattoir actuel n’est pas encore tranché. Il pourrait être destiné à l’abattage d’autres espèces, ou bien sa production pourrait être orientée vers d’autres marchés à l’étranger.
Nécessaire adaptation de la production
La bascule dans le giron de LDC et vers le marché français nécessitera des adaptations de la production. La centaine d’aviculteurs de YerBreizh, pour environ 300 000 m² de bâtiment, devront élever des poulets de plus gros calibre à 2,4 kg environ contre 1,35 kg aujourd’hui.
Ils devront aussi s’adapter au cahier des charges « Nature d’Éleveurs », depuis 2026 niveau minimal d’engagement pour les fournisseurs de LDC. Il implique entre autres : céréales entières 100 % françaises, lumière naturelle obligatoire, densité 10 % inférieure au maximum permis par la réglementation européenne (soit 38 kg/m² contre jusqu’à 42 kg/m²). Un cahier des charges qui répond à 80 % des critères du European Chicken Commitment (ECC), rendant la bascule possible, même s’il reste moins exigeant sur la densité. L’ECC exige en effet un maximum de 30 kg/m².
L’adaptation des bâtiments pour y intégrer lumière naturelle, perchoirs et substrats à picorer, représente des investissements pour les aviculteurs de YerBreizh, que certains ne seront pas prêts à faire, en particulier ceux approchant de la retraite. La Région Bretagne, qui s’est réjouie de la nouvelle, a affirmé qu’elle « soutiendra la transformation de ces outils, avec l’exigence de sécuriser durablement les parcours économiques des éleveurs ».
Quelles conséquences sur les équilibres de la volaille française ?
La baisse de 10 % de la densité entraîne une diminution de la production du même ordre, en tonnes équivalent carcasse. Le taux d’auto-approvisionnement français pourrait légèrement reculer (cf. graphique ci-dessous).

Pour autant, on peut penser que la part de la production nationale dans la consommation peut progresser. En 2024, 62 milliers de tonnes de volaille, en grande majorité du poulet France Poultry, étaient expédiées de Bretagne vers le Moyen-Orient. Réorientés vers le marché français (mais diminués de 10 %), ces volumes pourraient en théorie se substituer à une partie des importations. Mais rien n’est moins sûr : le rythme annuel de hausse de consommation de poulet est en fait supérieur à ces volumes (+ 92 milliers de tonnes en 2025).
En termes d’équilibre concurrentiel, cette acquisition renforce la position ultra-dominante de LDC. Une telle concentration de l’aval (situation de quasi monopsone) donne un pouvoir de marché sur la constitution des prix, qui inquiète déjà un certain nombre de producteurs. Mais les récentes revalorisations des contrats par LDC vont plutôt dans le sens d’un soutien à la production. A ce jour, l’autorité de la concurrence ne s’est pas encore exprimée.