Progressivement, Lactalis s’est imposé comme la première entreprise laitière mondiale. Une stratégie de croissance externe mise en œuvre depuis quarante ans qui a payé. Les acquisitions de Lactalis visent aussi bien les marchés de produits de grande consommation à l’international que les marchés de niche à haute valeur ajoutée. Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement de fond plus global de concentration des industriels de l’agroalimentaire.

Lactalis est, depuis 2022, la première entreprise laitière mondiale avec 31,2 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2025. Avec une progression de son chiffre d’affaires de 2,9 % en un an, le géant laitier se détache de plus en plus de ses concurrents. Sur la période 2021-2025, c’est le leader laitier qui a connu la plus forte croissance du chiffre d’affaires (+7,2 %), juste derrière le groupe Mexicain Lala (+7,6 %).

La croissance externe ancrée dans l’identité de Lactalis

Et le chiffre d’affaires de Lactalis devrait continuer de croître. Le géant de Mayenne a fait plusieurs annonces de rachat cet été. Sont notamment concernées :

  • la branche fromages de la coopérative canadienne Agropur
  • la branche britannique du canadien Saputo

Plus tôt dans l’année, Lactalis avait aussi racheté le néo-zélandais Mainland Group, ex-filiale de Fonterra spécialisée en beurre et fromages présente en Océanie et en Asie du Sud-Est.

Cette lubie des acquisitions, en particulier à l’international, n’est pas nouvelle chez Lactalis. Cette stratégie de croissance externe mise en œuvre depuis quarante ans permet à l’industriel d’être désormais présent dans près de cinquante pays. En 2025, la France représente moins d’un quart de la collecte totale du groupe laitier. Le seul marché américain représente un tiers du chiffre d’affaires global de Lactalis et l’entreprise est n°1 sur des marchés importants tels que le Brésil et l’Australie.

Part de la France dans la collecte mondiale de Lactalis

22 %

Cette stratégie de développement par les volumes réussit à l’entreprise, qui voit son résultat courant augmenter de plus de 10 % en 2025 et sa rentabilité gagner 0,5 point, passant de 1,2 % à 1,7 %.

La recherche de valeur en Europe

En Europe, la dynamique est différente. A l’horizon 2035, d’après les projections de la Commission européenne, la production européenne devrait rester stable, la croissance des rendements compensant tout juste la décapitalisation du cheptel laitier. En conséquence, des grandes coopératives européennes fusionnent afin de s’assurer un approvisionnement en matières premières. C’est le cas du belge Milcobel, qui a fusionné le 1er janvier 2026 avec le néerlandais FrieslandCampina. Six mois plus tard, c’est au tour d’Arla Foods et DMK de fusionner, pour devenir la première coopérative laitière d’Europe avec près de 19 Md de litres collectés annuellement sur le continent.

Dans ce contexte, il est plus difficile pour Lactalis de chercher les volumes. Mais le géant laitier mise toutefois sur la croissance externe pour chercher la valeur, en faisant l’acquisition d’entreprises innovantes. C’est le cas avec l’achat, encore cet été, de l’entreprise britannique Protein Works, spécialisée dans les plats protéinés destinés au marché du fitness et du bien-être. Ce marché, bien qu’il reste de niche, est en pleine croissance.

Triballat Rians, un choix si étonnant ?

Toujours cet été, Lactalis a fait l’annonce de rachat prochain de l’entreprise française familiale Triballat Rians. Cette annonce n’était pas attendue, notamment parce que Lactalis est dans une optique de réduction de sa collecte française. Pour autant, le rachat de Triballat Rians s’inscrit pleinement dans cette logique de recherche de valeur. L’entreprise familiale est en effet présente dans de nombreuses AOP de fromages de chèvre et s’inscrit ainsi dans un marché de produits de haute qualité avec des volumes faibles. Par ailleurs, Triballat Rians est aussi présent à l’international, en particulier aux États-Unis et en Espagne où elle se positionne sur des marchés haut de gamme. Avec cette acquisition, Lactalis diversifie son offre sur ces deux marchés, tous les deux importants pour l’entreprise puisqu’ils représentent respectivement 10 Md et 2 Md € de chiffre d’affaires.  

Finalement, c’est côté Triballat Rians que cette annonce de rachat est plus surprenante. D’autant plus que l’entreprise a fait croître son chiffre d’affaires de 40 % en dix ans. Hugues Triballat explique cette décision par la concentration des grandes centrales d’achat. Quatre centrales d’achat représenteraient 80 % de la consommation de crèmerie en France. Cette concentration rend les négociations de plus en plus difficiles et menace la rentabilité de l’entreprise. Il s’agit d’un cas typique des effets concentrateurs de la grande distribution sur les acteurs de l’amont, tels que décrits par Nicolas Portier, et qui finit par profiter à des géants de l’agroalimentaire tels que Lactalis. Ainsi, Lactalis n’a pas fini de grandir. C’est en tout cas la volonté affichée d’Emmanuel Besnier, son PDG, qui a déclaré vouloir que l’entreprise atteigne un CA de 50 Md€ en 2033.

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Olivier Carvin
Chargé de mission Economie - Emploi, référent sur la filière laitière

Docteur en économie de l'agroenvironnement. Breton d'adoption. Je mets mes compétences en analyse économique au service de la filière laitière bretonne. Je suis aussi le M. Diffusion de l'équipe.

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