Avec la suspension des importations de viandes brésiliennes par l’Union européenne, c’est un fournisseur majeur de viande bovine et de volaille qui s’efface, au moins temporairement. Les effets seront bénéfiques pour les producteurs européens.

Alors que l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur vient d’entrer en vigueur au 1er mai dernier, l’UE annonce la suspension des importations de viandes brésiliennes ainsi que d’œufs, de miel et d’autres produits d’origine animale.

Derrière cet apparent revirement se cache un hasard du calendrier. Depuis le 3 septembre 2026, l’UE impose en effet aux pays tiers de respecter ses règles relatives à l’usage des antibiotiques en élevages.

Le Brésil, première victime des clauses miroirs

Jusqu’à récemment, l’UE ne contrôlait que la qualité finale des produits agricoles et agroalimentaires qu’elle importait, sans se préoccuper de la manière dont ils étaient produits. Si bien que certaines pratiques interdites aux agriculteurs européens demeurent monnaie courante dans les pays dont l’UE importe les produits. Cette différence de traitement, source de distorsions de concurrence, a été maintes fois dénoncée par le monde agricole. Sa revendication est que les importations respectent aussi les règles communautaires sur les pratiques agricoles, les « clauses miroirs ».

Or, depuis 2022, tous les producteurs européens ont interdiction d’utiliser des antibiotiques pour favoriser la croissance ou augmenter les rendements, et interdiction de certaines substances réservées à la médecine humaine. L’UE a donc décidé pour la première fois d’étendre cette règle à ses fournisseurs avec une date d’application fixée le 3 septembre. Le Brésil n’ayant pas fourni les garanties suffisantes qu’il respectait bien ces mesures, l’UE a décidé de suspendre l’ensemble de ses importations de produits issus des animaux.

Un audit de l’UE sur les filières volaille et miel était en cours début septembre 2026 ; une reprise rapide est possible pour ces produits si les résultats sont favorables. Pour la viande bovine, le délai pourrait être plus long, notamment compte tenu de la durée plus importante des cycles de production.

Le Brésil étant un des principaux fournisseurs du marché européen, cette décision pourrait avoir des effets non négligeables sur les marchés.

La Bretagne achète peu de viandes brésiliennes

L’analyse des importations bretonnes de produits brésiliens montre que notre région achète principalement des produits végétaux au géant sud-américain. En 2025, la Bretagne a importé l’équivalent de 320 millions d’euros de produits agricoles et agroalimentaires brésiliens. Cela représente 7 % du total ses 4,46 milliards d’euros d’importations.

Ces chiffres confirment l’importance des flux de soja et de tourteaux de soja entre le Brésil et notre région (qui représentent l’essentiel du poste « ensemble des céréales, légumineuses et oléagineux » suivi par les Douanes). Le graphique montre que les viandes représentent de très faibles volumes. La décision européenne affectera donc peu notre région, du moins directement.

Le constat est similaire au niveau national puisque la France n’a acheté que 38 millions d’euros de produits animaux au Brésil en 2025, très loin derrière les produits issus des grandes cultures et le café, thé et cacao. Les conséquences de la suspension seront indirectes et liées au fait que d’autres pays européens achètent de grandes quantités de viandes brésiliennes.

Brésil : 1er fournisseur en volaille, 2e en bœuf

Le Brésil arrive en tête du classement des fournisseurs du marché européen. En 2025, il a exporté l’équivalent de 18,6 milliards d’euros de produits agricoles et agroalimentaires vers l’UE. Si là aussi, les produits végétaux dominent, les viandes représentent une part substantielle des envois. Le tableau ci-dessous résume la situation pour 2025.

Le poids des exportations brésiliennes vers l’UE par produit

ProduitsQuantités importés (tonnes)Taille du marché de l’UE (tonnes)Part des importations brésilienne sur ce marchéPlace du Brésil dans le classement des exportateurs
Volaille211 00012,9 millions1,6 %1er
Viande bovine92 0006,2 millions1,5 %2ème
Œuf373,7 millionsNégligeable16ème

Source : Eurostat

Les marchés européens de la volaille de chair et de la viande bovine voient disparaître l’équivalent respectivement de 1,6 % et 1,5 % de leur approvisionnement. C’est non négligeable et cela aura pour effet de soutenir les cours. D’autant que les Brésiliens ciblent les pièces à haute valeur ajoutée telles que les filets de poulet et les aloyaux de bovins. Une bonne nouvelle donc pour les producteurs européens.

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Arnaud Haye
Chargé de mission Economie - Emploi, référent sur les filières viande bovine, porc et volailles de chair

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