Entre prix du conventionnel de plus en plus attractif, débouchés parfois insuffisants et contraintes de cahier des charges, les filières animales sous SIQO traversent une zone de turbulences. Le Label Rouge, l’IGP ou les autres signes officiels de qualité ne suffisent plus toujours à compenser les surcoûts et les contraintes imposées aux éleveurs. Pour rester dans la course, les filières cherchent à revoir leurs règles, mais aussi à reconquérir les distributeurs.
Un contexte tendu pour les filières viandes sous SIQO
Le constat revient d’une filière à l’autre : l’écart entre le prix payé pour un produit sous SIQO et celui du conventionnel ne rémunère plus toujours l’effort supplémentaire demandé aux éleveurs. Avec la remontée des prix du conventionnel, l’écart de valorisation s’est réduit, jusqu’à rendre certaines démarches moins attractives pour les éleveurs.
La Blonde d’Aquitaine Label Rouge en fait directement les frais. La filière a perdu environ 10 % de ses éleveurs, sous l’effet conjugué des départs en retraite et de certains désengagements au profit de marchés conventionnels jugés tout aussi rémunérateurs et moins contraignants. La situation est encore plus délicate pour le veau nourri au lait entier. Les bons prix du lait observés au second semestre 2025 ont rendu cette production moins attractive pour les éleveurs, accentuant les difficultés de recrutement. Des actions sont actuellement menées auprès des apporteurs et des organisations de producteurs pour éviter que cette érosion ne se poursuive.
Même difficulté en porc Label Rouge. Le différentiel avec le conventionnel est tombé sous les 10 centimes par kilo. À ce niveau, l’écart de rémunération peine à compenser les contraintes supplémentaires. La concurrence se joue également entre les différents Label Rouge selon les modes d’élevage, avec des règles d’alimentation ou type de bâtiments qui peuvent différer sensiblement d’un cahier des charges à l’autre.
Et pour vendre, encore faut-il être visible et bien référencé. Entre 2025 et début 2026, certains distributeurs ont eu tendance à délaisser les produits carnés labellisés, notamment en Label Rouge, moins recherchés par les consommateurs. En parallèle, la communication autour de ce signe portée par l’interprofession Inaporc a été moins importante. En parallèle, la communication autour de ce signe a pu être moins importante, contribuant au recul des commandes. Les filières Label Rouge doivent donc repartir à la conquête des rayons et rappeler ce qui justifie leur différence.
A noter pour finir que la STG Lait de foin, pour l’instant seul produit laitier sous SIQO de Bretagne, se porte bien, quoique quelques producteurs aient quitté la démarche en 2026. La filière repose désormais principalement sur des producteurs assurant eux-mêmes la transformation ou travaillant avec des artisans-fromagers engagés dans la démarche.
Une situation plus contrastée en volailles
Bénéficiant d’une cote de popularité avantageuse, l’œuf sous signe de qualité fait l’objet de questionnements différents de la part des producteurs : conserver son label ou parier sur le volume ? Le modèle du plein air se révèle particulièrement attractif. Il permet d’élever jusqu’à 20 000 animaux dans un bâtiment, contre 6 000 pour un élevage Label Rouge. Une perspective tentante dans une conjoncture où la filière cherche à augmenter la production pour répondre à la demande grandissante, mais qui contribuerait à pénaliser le Label Rouge.
Le tableau est plus favorable pour les viandes de volaille Label Rouge, qui bénéficient actuellement d’un marché porteur et de mises en place dynamiques. Mais là encore, il faut regarder au-delà de la conjoncture immédiate : rappelons-nous que le nombre d’élevages avait reculé il y a quelques années, conséquence de périodes où les débouchés insuffisants avaient conduit à ralentir les mises en place.
Derrière ces situations se dessine une même fragilité : le supplément de valeur espéré d’une labellisation SIQO n’est plus aussi avantageux par rapport au conventionnel. Et lorsqu’il ne compense plus les contraintes du cahier des charges, l’engagement perd naturellement de son attrait. Certaines filières cherchent donc à évoluer pour rendre leurs démarches de production plus attractives aux yeux des éleveurs, des transformateurs, des distributeurs et des consommateurs.
Des adaptations réglementaires nécessaires
Face à ces situations contrastées, certains Organismes de Défense et de Gestion ont choisi de faire évoluer les cahiers des charges lorsque ceux-ci deviennent un frein à la compétitivité.
Les Fermiers d’Argoat ont ainsi modifié leur cahier des charges œuf Label Rouge en supprimant la mention « Fermier ». Cette dernière n’autorisait l’exploitation que d’un seul bâtiment par entité juridique, obligeant à créer une entité pour chaque bâtiment. Les éleveurs sous Label Rouge peuvent désormais exploiter deux bâtiments par exploitation. L’ODG espère ainsi lever un frein à l’attractivité de sa filière face à l’élevage plein air.
En veau, une évolution plus profonde est à l’étude. La filière envisage un nouveau cahier des charges permettant d’élever des veaux Label Rouge sur paille et nourris avec du lait reconstitué. Une piste pour s’affranchir des aléas du marché du lait qui pèsent aujourd’hui sur cette production.
Enfin, pour prendre en compte l’évolution des attentes sociétales, les filières porcines sous Label Rouge préparent une mise à jour de leurs conditions de production communes datant de 2016 et qui devrait aboutir au cours du second semestre 2026. Parmi les nouvelles conditions devraient figurer la limitation à 45 jours de la contention des truies, l’augmentation de la luminosité naturelle et l’adaptation du bâtiment en post-sevrage et engraissement (salle gros volume), ainsi que la mise en place de meilleures techniques disponible pour l’ammoniaque. Ces modifications concerneront d’ici cinq à dix ans les élevages déjà habilités à produire sous Label Rouge.
En revanche, tous les élevages nouvellement habilités devront aussitôt satisfaire à ces exigences, ce qui pourrait avoir pour conséquence un nombre moindre d’habilitations dans les cinq prochaines années. Reste une question de taille : qui paiera la facture ? Des discussions sont engagées avec l’État et les Régions pour accompagner financièrement les élevages dans cette mise aux normes.
La charcuterie sous SIQO bataille pour continuer à exister
Plus de 75 % de la production porcine française est transformée en produits de charcuterie, selon Christiane Lambert, présidente de la Fédération des Industriels Charcutiers-Traiteurs (FICT). Or le secteur traverse lui-même une période difficile : près de la moitié des entreprises du secteur afficheraient des résultats négatifs ou très faiblement positifs.
Pour les entreprises travaillant sous SIQO, la difficulté est encore plus grande, du fait de prix plus élevés : leurs produits peinent à trouver leur place en rayon.
De fait, des relevés de prix en grande distribution se sont heurtés au très faible référencement de charcuteries sous Label Rouge et IGP. Dans le rayon charcuterie traditionnelle, le manque d’information sur les produits sous SIQO joue en leur défaveur. Des rencontres ont donc été organisées entre grande distribution et représentants des filières charcuterie sous SIQO pour travailler sur la mise en rayon. Ces derniers comptent sur les engagements en matière de Responsabilité Sociétale des Entreprises pour intéresser les distributeurs à leurs produits.
Ces constats, relevés entre 2025 et 2026, prouvent que les filières bretonnes sous SIQO vivent une période où leurs spécificités ne suffisent plus pour sécuriser l’équilibre économique des élevages engagés. Face au conventionnel, les filières animales sous SIQO ne pourront pas éternellement demander aux éleveurs de produire autrement sans leur assurer une meilleure valorisation. Leur avenir se jouera autant dans les exploitations que dans les rayons : il leur faut convaincre ceux qui produisent, ceux qui achètent et, surtout, ceux qui paient.
Auteur>