Au sein des filières de produits de la mer sous SIQO, producteurs et transformateurs doivent composer avec des ressources plus fragiles, des approvisionnements incertains et des marchés sous tension. Pour préserver la qualité et la pérennité de ces productions, les filières sont contraintes de s’adapter, jusqu’à revoir leurs pratiques et leurs modèles économiques.

Les fortes chaleurs pèsent sur les ressources et les productions

Les filières des produits de la mer sont confrontées à des ressources halieutiques menacées. Une conséquence directe des dérèglements liés aux changements climatiques et environnementaux. À la base de toutes ces chaînes, c’est l’état de la ressource en plancton qui inquiète. Le réchauffement des eaux entraîne en effet sa raréfaction, réduisant la capacité des poissons à se développer. Cette situation explique en grande partie les baisses en qualité et en quantité observées en sardine et maquereaux servant à la confection de conserves Label Rouge. Une adaptation des cahiers des charges est en cours pour répondre au fait que les poissons sont plus petits et moins gras. À noter par ailleurs que la filière Saumon fumé Label rouge a également dû faire face à des problématiques d’approvisionnement et à un contexte de vente difficile.

La disponibilité en plancton est également surveillée de près dans la baie du Mont-Saint-Michel, où sont produites les moules de bouchot AOP. Le manque de précipitations au printemps 2026 a réduit les apports d’eau douce dans la baie, indispensables au « bloom » phytoplanctonique, dont se nourrissent les moules. Associés à une forte chaleur et à un soleil ardent, ces phénomènes ont confronté les mytiliculteurs à un ralentissement de croissance voire à une mort précoce des jeunes naissains. Les mytiliculteurs ont préféré retarder la commercialisation labellisée AOP pour garantir la qualité du produit.

Ensablement de la baie du Mont-Saint-Michel

Un autre problème touchant les moules de bouchot dans la baie du Mont-Saint-Michel est son ensablement. Les causes de ce phénomène ne sont pas encore démontrées mais les soupçons portent sur les travaux de modification ou de destruction de barrages sur trois affluents normands. Leurs eaux réempruntant d’anciens lits, elles rapporteraient du sable. Par ailleurs, l’effet « chasse d’eau » qui participe à désensabler la baie serait moins puissant qu’auparavant. En conséquence, les bouchots sont ensablés et doivent être rehaussés pour conserver une hauteur suffisante pour l’élevage des moules. Une étude sur les possibilités d’amélioration de la situation vient d’être portée par le Comité Régional de la Conchyliculture Bretagne Nord.

Enfin, dans les filières Coquilles Saint-Jacques Label Rouge et Moules, les attaques plus fréquentes de poulpes sur les coquilles et d’araignées de mer sur les moules pénalisent la production. Les araignées de mer sont considérées comme non invasives, aussi seules des techniques de déprédation sont autorisées (pose de filet autour des bouchots ou piégeage et renvoi en haute mer). Il est malgré tout à noter que le gisement en coquilles Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc, zone d’approvisionnement principale des filières concernées, se porte bien. Cet état satisfaisant, qui garanti la durabilité de la filière, s’explique par une gestion assurée depuis les années 1960 à la fois par l’Ifremer et par une auto-surveillance des pêcheurs pour éviter la surpêche.

Des filières sous pression économique

Malgré la protection apportée par leurs labels, les filières des produits de la mer sont très exposées aux facteurs extérieurs. En 2026, la hausse du prix des carburants, dont dépendent les producteurs pour leurs flottes de bateaux notamment, est devenue une grande préoccupation. Dans les filières moules, si au début de la crise l’impact était limité parce qu’intervenant en période creuse (préparation des naissains, mise en place des pieux), la remontée des prix dans l’été en pleine période de récolte a mis les professionnels sous pression économique.

Autre point de fragilité : la dépendance aux débouchés. Dans le cas de la filière STG Moules de bouchot, la vente s’opère en majorité dans la grande distribution. Bien qu’étant un produit alimentaire, les moules se situent en dehors du périmètre de la non-négociabilité de la matière première agricole. Elles sont donc soumises à des négociations commerciales qui peuvent être davantage pénalisantes.

Des restructurations pour faire face

Pour faire face à ces obstacles, certaines productions s’adaptent. Toujours dans la filière mytilicole, le phénomène de rachat et de consolidation des concessions par des structures de plus grande envergure est une tendance lourde et croissante ces dernières année. L’AOP ne fait pas exception. Les structures de quelques milliers de bouchots, devenues trop petites pour encaisser les crises climatiques à répétition, les pertes liées aux ravageurs et les aléas du marché, sont rachetées par des concessions plus grosses, détenant déjà plus de 10 000 bouchots. Moderniser le matériel, valoriser la production sur plusieurs marchés, peser sur les décisions au sein du conseil d’administration, sont autant d’enjeux que seules de grandes structures peuvent assumer et amortir.

Il est à noter que le seul outil de production de Coquilles Saint-Jacques cuisinées Label Rouge, situé en Bretagne, a cessé cette activité fin 2025. La situation est meilleure pour un autre produit transformé : la soupe de poissons Label Rouge. Homologuée depuis deux ans, celle-ci a rapidement trouvé sa clientèle.

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Photo de Maélie Tredan
Maélie Tredan
Chargée de mission Economie - Emploi, référente distribution, consommation et signes officiels de qualité

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