Récoltes en baisse, surcoûts de production, problèmes d’approvisionnement : les effets de la canicule et de la sécheresse sont bien là et sont partis pour durer. Qu’il s’agisse des agriculteurs ou des industriels de l’agroalimentaire, tous tirent la sonnette d’alarme pour annoncer une chute des volumes et une qualité moindre. Face à ces difficultés, plusieurs enseignes de la grande distribution annoncent la mise en œuvre de mesures d’urgence dès septembre afin de soutenir les producteurs et privilégier l’origine France.

Carrefour : raccourcissement des délais de paiement et assouplissement des cahiers des charges

Carrefour a annoncé dès la mi-août un plan d’urgence destiné notamment aux producteurs de fruits et légumes.

L’enseigne promet dans un premier temps de réviser les prix d’achat en fonction de l’augmentation des coûts de production liés aux épisodes caniculaires. L’enseigne prévoit également de ramener temporairement les délais de paiement à 15 jours au lieu de 30, afin d’améliorer la trésorerie des exploitations touchées. Un assouplissement des cahiers des charges sur le poids, le calibre et l’aspect visuel des fruits et légumes est également prévu, afin de commercialiser des produits parfaitement consommables mais ne répondant pas aux standards habituels.

Pour l’élevage bovin, l’introduction d’une « clause sécheresse » dans les cahiers des charges est prévue. Celle-ci doit permettre de mieux prendre en compte les surcoûts d’alimentation animale liés à la sécheresse dans le prix payé aux fournisseurs.

Carrefour annonce enfin qu’il privilégiera systématiquement l’origine France lorsque les productions sont disponibles sur le territoire.

Les Mousquetaires : soutenir les prix et réduire les marges

Les Mousquetaires ont à leur tour annoncé début septembre un plan comprenant dix mesures, dont huit d’urgence.

A l’instar de Carrefour, le groupement promet de raccourcir les délais de paiement des fruits et légumes aux fournisseurs et veut faciliter leur commercialisation : chez Intermarché et Netto, une gamme baptisée « Petit calibre, grand soutien » sera notamment lancée dès septembre, en mettant pour commencer la pomme à l’honneur.

Le groupement prévoit également de soutenir les productions touchées par les pertes de récolte (tels que les radis, salades, haricots verts, artichauts, ou encore les prunes) en rémunérant les producteurs à un niveau permettant de préserver l’équilibre économique de leur exploitation. Sans en dire davantage, Intermarché et Netto annoncent qu’ils réduiront leurs marges pour permettre la réalisation de cette opération.

Enfin, le versement anticipé d’une partie de la prime annuelle de la marque solidaire « Merci » d’Intermarché (représentant un montant de 1,2 million d’euros) à destination des éleveurs des filières laitière, porcine et bovine devrait venir compléter l’arsenal des mesures proposées par le groupe.

Des mesures d’urgence… mais quid de l’après ?

Attention, « loin du soleil, loin du cœur » pourrait-on se risquer à dire. Car si la sécheresse caniculaire reste vive dans les mémoires en ce mois de septembre, rien ne permet d’assurer que la compassion née au cours de cet été exceptionnellement chaud ne dure bien longtemps, et cela qu’il s’agisse des distributeurs ou des consommateurs eux même.

Pourtant, les conséquences de cette crise vont sans nul doute s’étaler sur l’année, à commencer par celles liées à la hausse du prix du fourrage ou des céréales, comme le maïs et le blé, qui risque d’alourdir durablement le coût de production des produits carnés et des œufs. En outre, après le prix des légumes primeurs, le consommateur doit s’attendre à voir celui des conserves augmenter également, au vu des mauvais rendements.  

Dans cette nouvelle aire de la « permacrise » comme l’a récemment qualifiée Serge Papin (Ministre des PME, ancien Président-directeur général de Système U), le risque climatique devra dorénavant être porté par l’ensemble de la chaîne alimentaire, tant il est probable que les épisodes atypiques se reproduisent année après année. C’est donc à des changements systémiques auxquels doivent se préparer les distributeurs dans les années à venir, afin de préserver les capacités de production des agriculteurs et plus largement, sécuriser les approvisionnements français de demain.

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Photo de Maélie Tredan
Maélie Tredan
Chargée de mission Economie - Emploi, référente distribution, consommation et signes officiels de qualité

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