Le service économie-emploi de la Chambre d’agriculture de Bretagne produit chaque année une note d’actualité de l’économie agricole et agroalimentaire bretonne en septembre. Pour toutes les filières et à tous les échelons, la canicule et la sécheresse ont impacté l’agriculture bretonne.
Les productions végétales touchées par la sécheresse
De nombreuses productions de légumes de plein champ ont été impactées. En particulier, la récolte de pommes de terre serait inférieure de 30 % à une année normale. Pour les Coco de Paimpol, le rendement serait divisé par deux. Des baisses de rendements sont aussi constatées sur les autres légumes de plein champ, notamment en échalotes et en artichauts.
Le constat est identique du côté des légumes destinés à la transformation. Dans le Grand-Ouest, en pois, près de 10 % des surfaces semées ont été abandonnées et le rendement est inférieur de plus de 20 % à celui de 2025. En haricots, les rendements sont 1/3 inférieurs au prévisionnel. En carottes, la baisse de rendements par rapport aux normales est de 20 %. D’autres légumes (épinards, flageolets,…) sont aussi touchés.
Pour certaines grandes cultures, telles que le blé, le colza et l’orge d’hiver, la situation est moins catastrophique : les chiffres officiels annoncent des rendements conformes à la moyenne quinquennale bien que les retours terrains rapportent une baisse de rendements de 10-15 % pour le blé et l’orge.
Vers une crise des fourrages
Les fourrages ont aussi souffert de la sécheresse. Fin août, l’indice de rendement des prairies bretonnes est 31 % inférieur aux normales de cette période. Le maïs a aussi été fortement touché, bien qu’il existe des disparités régionales : dans le Sud de la Bretagne, les sols superficiels n’ayant pas stocké d’eau durant l’hiver, les maïs sont petits et souvent dépourvus de grains tandis que certains secteurs du Nord et de l’Ouest de la Bretagne s’en sortent mieux. Sur les mauvaises parcelles, le rendement serait jusqu’à 50 % inférieur à la moyenne quinquennale.
La situation est donc extrêmement tendue au niveau des fourrages : des exploitations en bovin sont déjà en train d’entamer les stocks pour cet hiver et cette situation incite les éleveurs à réduire le cheptel, ce qui accélèrera le phénomène de décapitalisation qui existe déjà (sur un an en juin 2026, respectivement -2,1 % et -3,9 % pour le cheptel allaitant et le cheptel laitier en Bretagne). Une situation d’autant plus tendue pour les élevages bovins que les prix sont en recul. Les cotations bovines baissent : entre mars et fin août, elle s’est replié de plus de 16 % pour la vache laitière P=, et de 8 % pour la vache allaitante R+. En lait, les prix ont reculé de 13 % sur un an.

Surmortalité et baisse des volumes
Les fortes chaleurs de fin mai et fin juin ont aussi impacté les productions animales. En volailles, 1 % du cheptel aurait été décimé. au niveau national. En Bretagne, la mortalité s’élèverait à 6 000 tonnes. Par la suite, les abattoirs ont relevé une baisse d’activité, donc des volumes en baisse. La figure ci-dessous montre un recul effectif dès le mois de mai. Même constat en œuf, des pertes de 700 000 poules ont été enregistrées et les œufs ont perdu 2 grammes en moyenne.
En porcs, les impacts ne sont pas encore mesurés, mais des élevages ont été touchés notamment par des surmortalités chez les truies en fin de gestation ou après la mise-bas. Enfin, la production laitière a aussi été affectée par les fortes chaleurs : jusqu’à -15 %/2025 sur la dernière semaine de juin sous l’effet cumulé de la canicule et de la FCO qui a retardé les vêlages.

Un contexte international tendu
Le conflit au Moyen-Orient, qui s’enlise, a des effets à plusieurs niveaux. Tout d’abord, il a entrainé une hausse des coûts de l’énergie et donc du transport, qui se répercute sur les prix de l’alimentation animale (voir figure ci-dessous). L’indice Ipampa aliments pour le bétail a ainsi augmenté de 3,7 % entre janvier et juillet 2026 en partie à cause de la hausse de ces couts.

D’autres charges ont aussi connu une hausse des prix, notamment les emballages, ce qui fragilise les IAA alors que les négociations commerciales du début d’année avait débouché sur une hausse moyenne des prix de vente de 0,05 % à peine. Les demandes de réouverture des négociations n’ont pas été acceptées. Par ailleurs, les volumes seront aussi à la baisse. Selon l’enquête Coceb menée début juin, la majorité des chefs d’entreprise des IAA bretonnes ont déclaré une baisse de leur chiffre d’affaire lors du 1er semestre 2026.
Enfin, le conflit au Moyen-Orient a entrainé une réorientation des exports de volailles brésiliennes vers l’UE, alors que l’accord avec le Mercosur est entré en vigueur le 1er mai. Les volumes exportés du Brésil vers l’UE ont augmenté de 29 % sur le 1er semestre ! Mais le géant sud-américain voit ses exportations de produits animaux vers l’UE être suspendus à partir du 3 septembre en raison de doutes sur la non-utilisation d’antibiotiques.
La souveraineté alimentaire mise à mal
C’est dans ce contexte difficile qu’a été promulguée la Loi d’urgence pour la Protection et la Souveraineté Agricoles. Cette loi, qui couvre un champ beaucoup plus vaste que lors de sa conception d’origine, crée notamment les « projets agricoles d’avenir ». Ces projets répondant aux objectifs de production sur 10 ans définis lors des Conférences de la Souveraineté, seront ciblés et accompagnés par l’Etat, les Régions et les Chambres d’agriculture.
L’eau est une composante majeure de la loi. Notamment, elle fixe un doublement des capacités de stockage d’eau destinées à l’agriculture d’ici 2035 avec, pour y parvenir, une procédure accélérée pour les ouvrages de stockage et un rôle renforcé des Organismes uniques de gestion collective (OUGC), chargés notamment de d’élaborer une stratégie concertée d’irrigation.
Toutefois, la mise en application de la loi dépend des décrets, ordonnances et autres mesures règlementaires d’application qui seront proposés dans les mois à venir. D’ici là, la priorité pour le monde agricole et agroalimentaire porte sur les mesures de compensation des dégâts liés à la sécheresse et aux canicules de cet été. La Ministre de l’agriculture doit annoncer le 3 septembre un plan massif d’aides à la trésorerie des exploitations les plus touchées, notamment via un prêt sécheresse et des mesures fiscales.
Pour en savoir plus, retrouvez ici notre Note d’actualités agricoles bretonnes
Auteur>
Docteur en économie de l'agroenvironnement. Breton d'adoption. Je mets mes compétences en analyse économique au service de la filière laitière bretonne. Je suis aussi le M. Diffusion de l'équipe.