Récoltes en baisse, matières premières plus chères, restrictions d’eau qui n’en finissent plus et ralentissements dans les usines… L’agroalimentaire cumule les contraintes après un été 2026 marqué par une sécheresse extrême qui n’a pas épargné la Bretagne. Quelles conséquences pour nos industriels ? Une hausse des prix en rayons est-elle inévitable ?

Moins de marge, donc moins de capacité d’investissement et moins de compétitivité. Ces trois faiblesses étaient récemment pointées du doigt par Jérôme Foucault, président de Pact’Alim, désireux d’alerter sur une fin d’année 2026 et un début 2027 qui s’annonçaient difficiles pour nos ETI et PME agroalimentaires. En cause ? Des taux de rentabilité insuffisants par rapport au reste de l’industrie manufacturière. La différence d’EBIT (bénéfice avant intérêts et impôts) par rapport aux autres secteurs se serait creusée de 50 % depuis 2010 d’après Jérôme Foucault. Une situation à mettre en relation avec des revalorisations en deçà du nécessaire, aux dates fixes (et donc contraintes) des négociations commerciales, ne permettant pas de répercuter la flambée des coûts de production. La hausse a été particulièrement marquée cette année sur les emballages et le transport, du fait du conflit au Moyen-Orient.

À ce contexte déjà très tendu s’est ajoutée une chaleur intense, doublée d’une sécheresse exceptionnelle, auxquelles personne ne pouvait s’attendre.

Les conséquences de la sécheresse sur les IAA

Début septembre, la DREAL constatait que l’état de sécheresse des sols avait atteint des niveaux historiques. Les nappes sont très basses, notamment dans le Finistère et les Côtes-d’Armor. La sécheresse a impacté de plein fouet les agriculteurs, entrainant une baisse de rendement parfois supérieure à 50 %. Elle a également eu de forts impacts dans les usines agroalimentaires de la région. À commencer par l’approvisionnement en matières premières, qui a déjà commencé à perturber les usines. Les légumes en conserve sont particulièrement touchés. C’est aussi le cas du chipsier Altho-Brets, qui faute de récolte suffisante auprès de ses producteurs, a été forcé de s’approvisionner en pommes de terre sur le marché libre, particulièrement tendu cette année.

Outre ces pénuries, c’est le manque d’eau lui-même qui bouscule les industriels. Et ce sont les unités de seconde transformation qui sont particulièrement touchées, comme le soulignait l’ABEA début octobre. Les arrêtés sécheresse imposent aux industriels de réduire leur consommation de 25 %. Leur levée est prévue pour le moment au 15 novembre. En attendant, plusieurs usines tournent ou ont tourné au ralenti depuis cet été. Sont concernés le site Candia-Eurosérum du groupe Sodiaal à Quimper, le géant du légume surgelé Ardo basé à Gourin ou le spécialiste des plats en sachet Inariz. L’entreprise Sill a également dû réorganiser ses lignes de production pour limiter les phases de nettoyage. De même pour Bernard Jarnoux Crêpier, qui, malgré un effort d’économie d’eau de 24 % par kilo de crêpe depuis 2022, a encore dû réduire sa consommation.

La conséquence directe de ces aménagements, comme le fait de passer à quatre jours de fabrication, réduire le recours à l’intérim ou reporter certaines productions, est sans aucun doute une baisse des volumes, qui intervient dans un contexte de fragilité des industries agroalimentaires.

Les négociations commerciales s’annoncent tendues pour les produits agroalimentaires

Il est aujourd’hui plus que probable que les produits agroalimentaires emboîtent le pas aux produits frais. Les fruits et légumes sont déjà concernés par des hausses de prix en rayon du fait de la sécheresse et des températures élevées. Alors que l’inflation s’était globalement tassée en 2026, tous les indicateurs montrent qu’elle repartira à la hausse en 2027. L’analyste Circana prévoit une augmentation comprise entre 2 et 2,5 %, généralisée sur l’ensemble des produits de consommation, notamment en raison des emballages.

Quant à Michel-Édouard Leclerc, il annonçait mi-octobre qu’elle frôlerait les 4 % sur les produits alimentaires. L’emblématique président du leader de la grande distribution annonce d’ores et déjà s’être mis en « mode combat » pour limiter la hausse, tout en assurant que la sanctuarisation des matières premières serait respectée. Une attitude qui ajoute de l’anxiété aux industries agroalimentaires, condamnées à attendre la remontée des niveaux d’eau pour espérer un retour à la normale.

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Photo de Maélie Tredan
Maélie Tredan
Chargée de mission Economie - Emploi, référente distribution, consommation et signes officiels de qualité

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