Les épisodes caniculaires de l’été 2026 ont fortement affecté la production de fourrages. Les éleveurs bretons s’adaptent en cherchant d’autres sources d’approvisionnement. Malgré cela, certains pourraient être contraints de réformer des animaux. Si les abattages de vaches ont augmenté en août, il n’y a pas de tendance forte à la décapitalisation pour le moment.
L’épisode caniculaire qu’a subi la Bretagne cet été a déjà eu des conséquences fortes sur plusieurs productions : légumes, volailles, porc entre autres. Pour la production de viande bovine, ses effets pourraient se faire sentir sur plusieurs mois. L’élément déterminant pour les éleveurs sera la disponibilité en fourrage jusqu’au moins le printemps 2027. La récolte de maïs ensilage, bien qu’hétérogène selon les territoires, a en effet été la pire dans la région de mémoire d’éleveur. La pousse de l’herbe est aussi à l’arrêt depuis l’été. Face à cette situation, les éleveurs bretons actionnent tous les leviers à leur disposition pour préserver leur cheptel.
L’enjeu des fourrages
Leur premier levier est de mobiliser les stocks de l’an passé, qui fut une bonne année fourragère. Le deuxième est d’ensiler le plus de maïs possible, y compris celui prévu à l’origine pour être récolté en tant que maïs grain. De nombreux éleveurs prévoient une surface de maïs supérieure à leur besoin en fourrage et vendent le surplus en maïs grain. Cela leur assure une marge de sécurité pour les années où les rendements en maïs fourrage sont moins bons. Cette année, il est probable que l’essentiel des surfaces destinées à l’origine au maïs grain ait été ensilées. Les échos remontant du terrain indiquent aussi que des éleveurs de bovins ont pu acheter du maïs à ensiler auprès de leurs voisins alors que celui-ci était destiné à l’origine à faire du maïs grain.
En 2025, la Bretagne comptait 152 000 ha de maïs grain à comparer au 265 000 ha de maïs fourrage. Cette année, il est probable qu’une bonne partie de la surface en maïs grain ait servi à compenser la baisse des rendements, même si cela ne suffira pas pour nourrir l’ensemble des bovins bretons.
Le risque de la décapitalisation
Faute de pouvoir nourrir tous leurs animaux, certains éleveurs pourraient devoir élever moins de bovins avec des conséquences pour la santé économique de leur ferme mais aussi sur les marchés. Les derniers chiffres bretons montrent que le nombre de bovins prenant la direction des abattoirs a augmenté en août.

En août 2026, il y a eu 8,6 % de gros bovins bretons abattus en plus qu’en août 2025 alors que la tendance était à la baisse sur le début de l’année. Ce chiffre monte à 15,6 % pour les vaches laitières. Ces données mensuelles sont à prendre avec précaution car elles peuvent fluctuer fortement. Les abattages nationaux pour septembre indiquent un léger recul par rapport à la même période de l’année passée sauf pour les vaches qui continuent à être plus nombreuses.
L’affaiblissement de la cotation de la vache de réforme P = accrédite l’hypothèse que des éleveurs aient commencé à réformer davantage en prévision du manque de fourrage.

Le mouvement est mesuré jusqu’à présent. S’il devait prendre de l’ampleur, il pèserait sur l’ensemble des cotations ce qui ajouterait aux difficultés des éleveurs. Il serait aussi le signe d’une nouvelle accélération de la décapitalisation que subit la France.
Des remontées de terrain moins alarmistes
Les remontées de terrain suggèrent cependant que les éleveurs bretons cherchent à préserver leur potentiel de production. Ils priorisent le tri des animaux improductifs. La majorité d’entre eux auraient suffisamment de nourriture pour passer l’hiver. La pousse de l’herbe automnale et plus encore celle du printemps sera déterminante pour éviter toute décapitalisation plus forte. Demeure aussi l’inconnue de l’engraissement des mâles : des éleveurs pourraient être amenés à réduire l’activité de cet atelier. Cela aurait des conséquences sur la production dans plus d’un an avec potentiellement une offre réduite. En conclusion, si les effets des épisodes caniculaires sont difficiles à appréhender pour la production de viande bovine, les premières indications pointent vers une bonne résilience des éleveurs bretons.
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