La production de légumes sous serre chauffée concentre une part importante des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la filière française des légumes frais. En Bretagne, première région française pour la production de tomates sous serre, les producteurs et leurs organisations travaillent depuis plusieurs années à réduire cette empreinte. Énergies décarbonées, valorisation de CO₂ biogénique, amélioration de l’efficacité énergétique et optimisation des pratiques : les leviers se diversifient pour concilier décarbonation, performance économique et maintien d’une production régulière.

D’après le CTIFL, la production française (métropole, agrumes et exotiques) de fruits et légumes frais génère 2,219 Mt d’émissions de CO2 par an, pour une production annuelle totale de 5,954 Mt de fruits et légumes frais. Plus en détail, les émissions se répartissent entre les fruits frais (0,511 MtCO2 éq) et les légumes frais (1,709 MtCO2éq).

La production agricole représente les deux tiers des GES de la filière

En complément, une étude du cabinet CPV pour Interfel a estimé les GES de la logistique des fruits et légumes frais. Ce maillon comprend les grossistes, les centrales d’achat et les différents lieux de vente (primeurs, GMS, magasins spécialisés…). Les opérations de transport, de stockage et de conservation sont ainsi prises en compte : elles représentent 21 % des émissions de GES de la filière, comme l’illustre la figure suivante. Les émissions de GES pour la production et l’acheminement des fruits et légumes frais s’élèvent ainsi à 5,3 Mteq CO2. Rapportées à 1 kg de fruit et légumes, les émissions s’élèvent à 0,599 kgeq CO2.

Plus de deux tiers des émissions liées à l’amont

Source : Etude Interfel GES F&L frais

Même en intégrant la logistique, c’est bien la production agricole qui pèse le plus dans l’empreinte carbone des fruits et légumes avec 69 % des émissions.

Plus en détail, pour le secteur des légumes frais, 54 % des émissions du secteur sont imputables à la production sous serre chauffée comme l’illustre la figure ci-dessous. Elles sont liées pour 70 % à la construction des serres et à l’énergie utilisée pour leur chauffage. Pour en réduire les émissions, le CTIFL a identifié plusieurs leviers : l’optimisation des apports d’engrais, le pilotage de l’irrigation, le déploiement de l’électrification du machinisme agricole (plateformes électriques, robots de désherbages), l’amélioration de l’isolation des serres, le chauffage des serres par l’énergie fatale…

Les serres chauffées concentrent plus de la moitié des émissions du secteur des légumes frais

Source : Etude Interfel GES F&L frais

Les coopératives bretonnes engagées dans la décarbonation

En Bretagne, 1re région française de production de tomates sous serres avec 22 % des volumes nationaux, la décarbonation des productions sous serre est donc un enjeu fort. Les Organisations de Producteurs bretonnes en légumes sous serres chauffées se sont emparées de cette problématique il y a plusieurs années déjà.

Ainsi, pour la coopérative Solarenn, sur ses 54 ha de serres, 10 ha sont en partie chauffés avec du biogaz issu de deux méthaniseurs. La coopérative poursuit ses efforts et a remplacé tous les emballages plastiques par des alternatives plus durables. Par ailleurs, Solarenn envisage d’optimiser ses approvisionnements. Elle veut privilégier des intrants plus respectueux de l’environnement, tout en repensant ses stratégies logistiques pour réduire l’empreinte carbone liée aux transports.

La coopérative Savéol, spécialisée dans les productions sous serres, annonce avoir déjà réduit de 57 % ses émissions Carbone au cours de ces quatorze dernières années. Depuis trois ans, la coopérative travaille sur l’approvisionnement en CO2 de ses adhérents par des agriculteurs méthaniseurs. Sur les 121 serristes que compte la coopérative, 5 à 10 utilisent désormais du bioCO2. En parallèle, Savéol travaille actuellement sur la mise en place de la distribution de ce CO2 par des canalisations. Enfin, des producteurs utilisent du verre diffus et de l’IA pour améliorer les performances des abris et réduire la consommation d’eau.

Le Cerafel aussi impliqué dans cet enjeu

Avec l’optimisation de la gestion climatique des serres et l’amélioration de l’isolation des serres, le Cerafel, Association d’Organisations de Producteurs (AOP) qui fédère six organisations de producteurs, a réduit sa consommation d’énergie de 20 % entre 2015 et 2025. L’AOP poursuit ses efforts début 2026. Elle a mis en place un partenariat avec Engie BiOZ. Il fournit du CO2 biogénique issu de deux unités de méthanisation d’Engie (Pontivy et Saint-Brieuc) à une dizaine de serristes. Cela permet à l’AOP de réduire son empreinte Carbone et de sécuriser son approvisionnement en CO2. Chez les serristes équipés, les émissions de GES auraient reculé de 8 % depuis le début de l’année. L’AOP poursuit aussi son programme d’électrification. Elle développe l’utilisation de chaudières électriques en remplacement de chaudières à gaz naturel. Cette action permettrait de réduire de 20 à 30 % l’impact carbone d’une exploitation.

Face aux enjeux climatiques et à la nécessité de réduire l’empreinte carbone de la production sous serre chauffée, les acteurs de la filière font évoluer leurs pratiques. Ces démarches témoignent d’une volonté d’inscrire la production de tomates sous serre dans une trajectoire de décarbonation, tout en préservant les exigences de productivité, de qualité et de régularité. La décarbonation dépendra aussi de l’évolution des technologies, de l’accès à des énergies décarbonées et de la capacité de la filière à poursuivre ses investissements.

Retrouvez la fiche ABC Filière Cultures sous serres https://blog-eco-bzh.chambres-agriculture.fr/expertise/panorama-des-filieres/panorama-des-filieres-agricoles-et-agroalimentaires-bretonnes/

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Photo de Nathalie Le Drezen
Nathalie Le Drezen
Chargée de mission Economie - Emploi, référente sur les filières légumes frais, légumes transformés et œufs de consommation

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