Crise laitière en Europe : faut-il intervenir ?
En 2025, le prix du lait européen a connu une chute spectaculaire. Pour l’instant, la Commission européenne ne juge pas bon d’intervenir, malgré les demandes de plusieurs pays, et malgré le risque d’une réaction trop tardive, comme ce fut le cas lors de la crise laitière de 2015-2016.
En Bretagne comme dans les autres régions de France, le prix du lait est en recul depuis fin 2025. D’après les estimations de l’Observatoire du prix du lait, en avril 2026 le prix moyen breton toutes primes et qualités prises en compte devrait être à 435 €/1 000 litres, soit un prix de base à peine supérieur à la barre symbolique des 400 €/1 000 litre. Cela correspond à un recul annuel de près de 10 %. Ce recul fait suite à une année 2025 historique en termes de prix. Il n’en reste pas moins inquiétant pour les éleveurs laitiers bretons qui, dans le même temps, font face aux premiers impacts de la guerre au Moyen-Orient.
Évolution du prix du lait payé aux éleveurs bretons, toutes primes et qualités prises en compte

Ce recul du prix s’observe dans toute l’Europe, puisqu’il est la conséquence d’une surproduction sur l’ensemble des principaux bassins exportateurs mondiaux depuis le 2e semestre 2025. En particulier, l’excédent de production a surtout été orienté vers la fabrication de beurre, dont la cotation atteignait le niveau record de 7 880 €/tonne fin 2024. Ainsi, les États-Unis sont passés, en un an, d’un solde commercial négatif de 55 000 tonnes à un solde positif de 30 000 tonnes sur le beurre. Le cours du beurre a donc chuté tout au long de l’année 2025, entrainant derrière lui le prix du lait.
Plusieurs pays à la fronde
Dès janvier, plusieurs pays, via le Conseil de l’UE, ont affirmé la volonté de mettre en œuvre un certain nombre de mesures pour faire face à ce qui est, selon eux, une nouvelle crise laitière. Ces mesures sont similaires à celles qui ont été déployées pour faire face à la crise de 2016.
- Un fonds dédié à la réduction volontaire de production
- Octroyer des aides au stockage privé dans les secteurs du beurre, du fromage et du lait UHT
- Des mesures d’intervention exceptionnelles pour soutenir les exploitations les plus exposées à cette crise laitière
- Des actions de communication pour mettre en avant la valeur nutritionnelle et le caractère durable des produits laitiers européens.
Deux mois plus tard, ils étaient sept pays à relancer le Conseil sur la mise en place de ces mesures d’urgence, auxquelles s’ajouteraient des mesures facilitant l’exportation de produits laitiers vers les pays tiers.
Le Commissaire européen à l’agriculture, Christophe Hansen, a répondu qu’une intervention européenne n’était pas à l’ordre du jour, arguant qu’il existe des signaux indiquant que la crise ne sera pas durable. En effet, le cours de la poudre de lait remonte depuis le début de l’année, et la production européenne devrait reculer dans les mois à venir. En Irlande et aux Pays-Bas, les pays les plus exposés à la crise, le prix du lait se stabilise depuis février.
Apprendre des crises précédentes
Comme indiqué précédemment, plusieurs des mesures proposées ont déjà été mise en œuvre à l’échelle européenne lors de précédentes crises :
- Aide au stockage privé et stockage public de poudres à partir du 2nd semestre 2015
- Aide à la réduction volontaire de production, mise en œuvre en septembre 2016 pour une durée de trois mois. Ce plan aurait permis de faire reculer la production européenne de 2,2 % sur la période concernée.
Selon un rapport d’Agriculture Stratégies et de Carles & Associés réalisé pour un groupe parlementaire européen publié en 2018, cette dernière mesure aurait permis de faire remonter les prix. Or, elle a été est mise en œuvre bien après le début de la crise. Entre le 1er janvier 2014 et le 1er janvier 2015, le prix du lait européen a reculé de 17,5 %. A titre de comparaison, entre février 2025 et février 2026, il a chuté de
18,3 %. L’ampleur du phénomène est donc similaire. Finalement, le prix n’a commencé à remonter qu’à partir d’août 2016, après deux ans et demi de repli.

Le rapport analysant les mesures mises en œuvre par la Commission européenne conclut donc que cette dernière a manqué de réactivité, et que l’aide à la réduction volontaire de production doit être priorisée aux mesures de stockages qui sont coûteuses et peu efficientes.
Le rapport indique aussi que la Commission doit améliorer la transparence et réaliser un suivi d’indicateurs de marchés. Depuis ont été mis en place, en 2023, les Observatoires du marché de l’Union, qui ont pour mission de repérer les menaces et perturbations des marchés. Gageons que cela permette effectivement de ne pas reproduire l’erreur d’une intervention trop tardive comme il y a dix ans.