Le bœuf, victime collatérale du conflit au Moyen-Orient
Pour la première fois depuis 2022, l’ensemble des cotations des bovins connaissent une correction à la baisse. La stabilisation des abattages mais surtout un fléchissement de la consommation expliquent ce retournement. Le marché de la viande bovine subit vraisemblablement les premiers effets du conflit au Moyen-Orient, qui entame le pouvoir d’achat des Français. La poursuite de la décapitalisation devrait cependant limiter la chute des prix.
Après près de quatre années de cotations en hausse, assiste-t-on à un retournement de la conjoncture en viande bovine ? Depuis le mois de mars, les prix de la plupart de bovins connaissent une inflexion, générant de l’inquiétude chez les éleveurs.
Ainsi, la cotation de la vache R+, typique de la vache allaitante moyenne bretonne, a perdu 0,55 €/kg de carcasse entre la fin mars et fin mai, passant de 7,64 €/kg à 7,09 €/kg (-7 %).

Les prix restent encore bien supérieurs à la moyenne quinquennale mais la question se pose de savoir si la conjoncture risque de se dégrader pour les éleveurs. D’autant que la baisse concerne tous les type de bovins, mâles inclus.
La demande impactée par le conflit au Moyen-Orient ?
Une première explication réside dans le ralentissement de la baisse des abattages. En 2025, ils ne reculent que de 1,9 % en France. Sur les trois premiers mois de 2026, ils sont même en légère hausse de 0,4 % grâce à un alourdissement des carcasses. La bonne conjoncture et des prix de l’aliment contenus encouragent en effet les éleveurs à adopter cette stratégie, dans un contexte où les effectifs de vaches continuent de diminuer.
Côté demande, l’approche par la méthode des bilans montrent que la consommation française de viande bovine s’accroît de 1,7 % sur les deux premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. Ces chiffres ne sont pas assez récents pour expliquer le retournement du marché. Le panel Kantar, publié par FranceAgrimer, indique que les ménages français ont réduit leurs achats de viande bovine de 15 % en mars 2026 par rapport à mars 2025. Cette donnée n’est cependant pas exhaustive, car elle s’appuie sur un échantillon et ne mesure pas la consommation hors domicile. Il faudra donc attendre de consolider ce chiffre par ceux des bilans.
Cette chute permet cependant de poser la question des conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur le comportement des consommateurs en France et ailleurs en Europe. D’après les analystes, les consommateurs allemands, très sensibles au signal prix, ont freiné leurs dépenses depuis le déclenchement du conflit. Résultat : la cotation du jeune bovin U a perdu plus d’1 €/kg depuis fin mars. La correction est d’ailleurs générale en Europe.

Une inflation plus forte en viande bovine
Lors de la précédente poussée inflationniste, suite à la guerre en Ukraine, la consommation française de viande bovine avait globalement bien résisté. Est-ce que cela sera de nouveau le cas cette fois-ci ? La viande bovine part avec le désavantage d’être plus chère que ses concurrentes. Ainsi, d’après Kantar, le prix moyen du bœuf en magasin s’établit à 20,44 €/kg en moyenne sur les trois premiers mois de 2026 contre 8,21 €/kg pour le porc et 9,89 €/kg pour la volaille. De plus, l’inflation a été plus forte pour cette viande que pour les autres au cours des six dernières années : +21 % entre 2020 et 2025 contre +16 % pour la viande porcine par exemple.
Une hausse plus forte du prix de la viande bovine

Le conflit au Moyen-Orient a déjà des conséquences sur les charges des élevages bovins : l’indice Ipampa viande bovine, qui mesure les prix d’achats des moyen de production agricoles, grimpe déjà de 6 % en mars par rapport à 2026. Mais au-delà de cet aspect, le principal risque pour le secteur réside dans l’évolution de la consommation. La poursuite de la décapitalisation et les crises sanitaires agiront en force de rappel, permettant vraisemblablement d’éviter des chutes trop fortes de prix.