En 2025, tous les coûts de production étaient en baisse pour les fabricants d’aliments du bétail. Matières premières revenues aux niveaux de prix de 2020, coût de l’énergie élevé mais néanmoins descendu du pic atteint en 2022… Cependant au premier semestre 2026 s’ouvre une nouvelle période de trouble, en partie sous l’effet de la guerre au Moyen-Orient. Toutes les tendances de prix se retournent progressivement.

L’énergie renchérit immédiatement les transports

Les usines d’alimentation animale utilisent majoritairement le gaz comme source d’énergie. Si le prix de ce dernier grimpe en flèche, les industriels sont toutefois couverts par des contrats d’approvisionnement de longue durée. L’impact de cette flambée des prix se limite donc aux contrats arrivés à échéance. Avec un coût de production qui peut beaucoup varier selon les procédés industriels mobilisés : broyage, traitements thermiques, granulation …

Mais le réel impact immédiat de la hausse des prix des énergies est celui des carburants, autant en amont (approvisionnement) qu’en aval des usines (livraisons). Nutrinoë estime que l’augmentation du coût de l’aliment liée aux carburants est de l’ordre de 3 à 4 €/t.

De même, l’énergie pèse pour la majeure partie du coût du transport maritime et renchérit le coût d’approvisionnement en soja américain autant qu’en compléments indispensables comme les acides aminés et vitamines provenant majoritairement de Chine.

Face à ces augmentations immédiates des coûts de production, les fabricants d’aliment commencent à accroître leurs prix de vente. L’indice Ipampa aliment composé a augmenté de près de 2 % entre janvier et mai 2026.

Source : Insee

Tensions à venir sur le maïs

Après l’énergie, c’est la dynamique des matières premières pour l’alimentation animale qui s’inverse.

A commencer par le maïs. En 2026 les agriculteurs ont diminué les surfaces cultivées de près de 20 % en France et environ 12 % en Bretagne, en raison des prix bas de l’année passée. A cela s’ajoute l’impact des canicules et sécheresses, ainsi que les attaques massives de mouches géomyza en Bretagne. Le rendement national est attendu en baisse de 15 à 20 %. Résultat : une récolte qui reculerait de 30 % par rapport à 2025, soit une chute historique de la production nationale qui pourrait être la plus faible depuis 26 ans.

Pour les fabricants d’aliment du bétail, cela signifie moindre disponibilité et prix plus élevés. D’autant plus que leur coût d’achat comprend celui du séchage des grains, réalisé au gaz. Les prix du maïs ont déjà augmenté de 9 % sur un an, à plus de 234 €/t en début juillet 2026.

Prix du maïs en €/t sur le marché physique – Pontivy

Source : Pleinchamp, 02/07/2026

Les oléagineux ont la cote

D’autre part les disponibilités en oléagineux augmentent, autant en France (+11,5 % de surfaces en 2026, +15 % en Bretagne) qu’au niveau européen. La demande mondiale est en forte hausse pour un usage énergétique (biodiesel) consécutivement au choc d’Ormuz sur les énergies fossiles. L’Indonésie augmente sa production de palme, le Brésil de soja… Le marché des oléagineux est ainsi tiré par le débouché de l’huile, dont les tourteaux sont le coproduit (graphe ci-dessous).

Cela va redistribuer les disponibilités à l’export de matières premières. – Sébastien Tauty, Nutrinoë

Les disponibilités en tourteaux vont donc augmenter, mais leurs prix repartent eux aussi à la hausse

Il est probable que les usines d’aliment augmentent en particulier leurs incorporations de tournesol, dont la surface a augmenté en France (+11 %) et en Europe.  

Source : Agreste, estimations au 16/06/2026

Les matières premières fluctuent, les formulations aussi

C’est le fonctionnement habituel des fabricants d’aliments que de faire évoluer la composition des aliments composés selon les cours des différentes matières premières. Ce qui importe n’est pas d’incorporer des quantités fixes de céréales, maïs et tourteaux, mais d’obtenir l’équilibre nutritionnel souhaité, c’est-à-dire les bonnes proportions de chaque nutriment.

Ainsi, face à une chute de 30 % des récoltes nationales de maïs et une forte augmentation de prix, l’arbitrage se portera davantage en faveur des autres ingrédients : tourteaux et céréales.

Les ruptures de chaines d’approvisionnement n’ont jamais lieu. Mais il peut y avoir des ruptures de prix quand les substitutions se mettent en place. On travaille toujours en flux tendus.  – Ludovic Michel, directeur Groupe Michel et président Nutrinoë

Prix rendus centre Bretagne des principales matières premières pour l’alimentation animale

Vers une hausse de demande en céréales

Les fabricants d’aliments devraient donc augmenter leurs incorporations de céréales, alors même que les volumes attendus pour la récolte 2026 ont été revus à la baisse après la canicule, en France comme en Bretagne. Une hausse de la demande en nutrition animale pourrait soutenir le prix des céréales sur le marché physique local, alors que les céréales sont bloquées à des bas niveaux de prix depuis plus de deux ans. Cela pourrait soulager un peu les céréaliers, qui craignent des effets ciseaux massifs au vu de l’augmentation de leurs charges.

Et la prochaine campagne ?

A plus long terme, des craintes existent quant aux choix d’assolement qui seront faits pour la prochaine campagne d’hiver. Même Ormuz débloqué, il n’est pas exclu que les agriculteurs préfèrent au blé et à l’orge des cultures peu demandeuses en engrais et mécanisation, voire la jachère sur certaines parcelles.

De quoi bouleverser encore les approvisionnements des fabricants d’aliments ? Les adhérents à Nutrinoë ne se projettent pas encore aussi loin. Beaucoup de facteurs peuvent encore jouer d’ici la prochaine campagne. Quoi qu’il en soit, une part plus importante de triticale ou d’avoine pourrait être intégrée sans difficulté.

Alors qu’une nouvelle période instable s’ouvre, l’agilité du secteur de la nutrition animale demeure un atout important face aux retournements de marché.

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Photo de Alban Krauffel
Alban Krauffel
Chargé de mission Economie - Emploi, référent volailles de chair, nutrition animale, grandes cultures, bio et circuits courts

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